AI – Algorytmy Iluzji
IA : illusions des algorithmes
L’exposition « AI – Algorytmy Iluzji » (illusions des algorithmes), qui se déroule jusqu’au 12 juillet au centre culturel Zamek de Poznań en Pologne, invite à examiner l’intelligence artificielle d’un œil critique, en tant que phénomène culturel, politique et artistique, au travers de pièces et installations de Cécile Babiole, Kate Crawford, Weronika Gęsicka, Paweł Janicki, Przemysław Jasielski, Vladan Joler, Jarosław Klupś, Jakub Koźniewski, Agnieszka Kurant, Anna Malinowska, Trevor Paglen, Anna Ridler, RYBN.ORG, Joanna Żylińska…

Il n’existe pas une seule forme d' »intelligence artificielle ». Ce terme englobe une variété de systèmes algorithmiques, tels que l’apprentissage automatique, le traitement automatique du langage naturel, les systèmes experts et la vision par ordinateur, qui automatisent la détection, la reconnaissance, la classification, la prédiction, l’analyse et la génération de données.
Le lancement du chatbot génératif GPT-3.5 en 2022, qui a conquis plus d’un million d’utilisateurs en cinq jours, a marqué une avancée majeure dans la conscience collective et a ouvert un nouveau chapitre de la riche histoire de l’IA.
Cependant, l’histoire de l’intelligence artificielle est bien plus longue que celle des grands modèles de langage. Parmi ses figures emblématiques figurent Ada Lovelace et Alan Turing, dont les parcours sont évoqués dans l’exposition. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est au cœur de nombreux débats sociaux, scientifiques et artistiques, alimentant des récits extrêmes où les visions optimistes se confrontent à la puissance des idées pessimistes.
Bien que les systèmes d’IA soient désormais largement disponibles et utilisés, leur utilisation ne s’accompagne pas toujours d’une compréhension de leur fonctionnement, de leur processus de création et de leur nature même. En ce sens, l’intelligence artificielle semble fonctionner dans l’imaginaire collectif comme un chapeau de magicien.

On y dépose quelques ingrédients – commandes, instructions – dans un cylindre noir impénétrable – une application ou un programme – pour entrevoir un véritable « lapin blanc » ou la réponse à une question restée secrète même pour nos proches. C’est pourquoi on parle de la « boîte noire de la technologie », opaque à la vue et à la cognition humaines. Derrière l’illusion qui séduit nos sens se cachent des instructions plus ou moins complexes : des algorithmes.
L’exposition « IA – Illusions des algorithmes » nous invite à lever le voile sur cette boîte et à révéler les illusions du monde numérique à travers l’art contemporain. Nous souhaitons nous inciter à réfléchir aux enjeux sociaux, politiques, économiques et environnementaux de l’intégration de l’IA dans différents domaines de notre vie : l’éducation, le commerce, le travail et, en fin de compte, l’art lui-même.
Nous comprenons les illusions évoquées dans le titre comme les mécanismes plus ou moins occultes de la technologie et les récits qui l’entourent, produits par l’industrie et supervisés par les autorités. L’exposition ne s’intéresse pas à l’intelligence artificielle en tant que technologie en soi, qui fascine et émerveille. Elle se consacre à une réflexion critique sur l’IA comme phénomène culturel et composante d’un ordre social plus vaste.
Un examen attentif des entrailles de la « boîte noire » révèle un enchevêtrement chaotique de câbles, de fils et de puces installés par l’homme et servant des objectifs précis. Ceci nous permet de présenter l’IA non seulement comme une technologie dématérialisée, mais aussi comme une infrastructure matérielle composée de câbles sous-marins, de minéraux extraits de la Terre, de systèmes de transmission et de centres de données.

Comme l’écrit Kate Crawford dans « Atlas of AI: Power, Politics, and the Planetary Costs of Artificial Intelligence », « l’IA n’est ni artificielle ni intelligente, ni abstraite ni autonome. Elle est plutôt incarnée et matérielle, produite à partir de ressources naturelles, de combustibles, de travail humain, d’infrastructures, de logistique, d’histoire et de classification ». Elle fait également partie de l’ordre socio-politique dans lequel nous évoluons.
Mais que signifie être humain dans un monde où l’intelligence artificielle est en constante évolution ? Quels sont les coûts environnementaux de son développement ? Que voient les algorithmes, comment les perçoivent-ils et peut-on leur faire confiance ? Enfin, comment l’IA influence-t-elle l’art et sa réception ? […]
Comme le soutient Joanna Żylińska, le concept d’intelligence artificielle repose précisément sur l’artifice, dont l’origine latine (artificium) signifie bien plus que tromperie et duplicité. Il renvoie à l’art, au savoir-faire et à l’habileté. C’est précisément sur ces aspects que nous nous concentrerons tout au long de l’exposition. […]
Les œuvres présentées dans cette exposition nous guident à travers les thèmes qui dominent le débat actuel sur l’IA, organisés autour de notions telles que « pouvoir », « effort », « connaissance », « liens » et « imagination ». Les « capsules temporelles » qui les accompagnent rassemblent des éléments illustrant les liens étroits entre passé et présent, inscrivant les processus actuels dans une perspective historique plus large…
(curatorial statement)
> Exposition « AI – Algorytmy Iluzji » (Illusions des algorithmes)
> du 21 mars au 12 juillet, Centrum Kultury Zamek, Poznań (Pologne)
> https://ckzamek.pl/





