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Du bleu au vert

ArtLabo Retreat 2025, le summercamp de deux semaines organisé par Makery en Bretagne, a réuni artistes, scientifiques, designers, performeurs et étudiants afin d’explorer la mode, le son, la gastronomie et la narration, sur les côtes proches de la Colonie du Phare de l’île de Batz avec La Gare, Centre d’art et de design, puis au domaine de Kerminy à Rosporden. Chrysa Chouliara, chroniqueuse en résidence à Makery pour l’été 2025, nous livre son récit de ces deux semaines.

ArtLabo Retreat 2025. Credit: Kaascat

Depuis 2022, Makery accueille chaque été un chroniqueur du projet Rewilding Cultures, un réseau de résidences, de summercamps, d’écoles et de retraites co-financé par l’Union européenne. En 2025, en collaboration avec le programme Archipelago soutenu par Pro Helvetia, la fondation suisse pour la culture, Makery accueille Chrysa Chouliara, également connue sous le nom de KAASCAT, et membre de la Société d’Art Mécatronique de Suisse. Chrysa Chouliara est une scénariste et dessinatrice très interessée par les sciences. Passionnée des supports d’impression alternatifs, elle tisse des récits personnels dans des formats expérimentaux, explorant la mémoire, les médias et l’identité. Travaillant sur différents supports, analogiques et numériques, elle traite chaque sujet comme un terrain de jeu pour l’expérimentation visuelle. Originaire d’Athènes, elle est basée en Suisse depuis 2016 et à Lucerne depuis 2019. Journal de bord.

credit : Kaascat

Une île est plus qu’une simple formation géographique : c’est une métaphore, un symbole de possibilités. Fragment de terre entouré d’eau, l’île incarne la séparation, l’autosuffisance, la résilience et la réinvention. Déconnectée du continent et de ses systèmes dominants, l’île devient un espace où peuvent émerger des réalités alternatives, une sorte de laboratoire pour de nouvelles valeurs, esthétiques et modes de vie.

L’île comme toponyme de l’utopie

Parfois, une île est bien plus qu’un simple souvenir d’enfance. Elle devient un lieu de rencontre où des professionnels du monde entier se réunissent pour échanger des idées et tisser des liens. Parmi les participants à l’ArtLabo Retreat 2025 figurent des étudiants, des artistes, des cinéastes, des créateurs de mode, des praticiens de l’écosomatique et des musiciens, ainsi que des concepteurs de jeux vidéo et des scientifiques. La diversité de leurs compétences s’avérera cruciale au cours de cette retraite de deux semaines, où chacun enseignera aux autres et où des collaborations improvisées verront le jour.

L’île de Batz, petite île d’environ 450 habitants nichée dans la Manche, a quelque chose de particulier. Au début du XVIIe siècle, l’envasement progressif des zones orientales de l’île a empêché la culture du lin et du chanvre, deux plantes essentielles à l’industrie textile. Les algues sont alors devenues la principale ressource de l’île jusqu’au XIXe siècle. Elles étaient utilisées à diverses fins, notamment comme aliment pour le bétail (les vaches paissaient des espèces comme la Palmaria palmata, ou Dulse), pour l’enrichissement des sols et dans la production de verre et de savon. Le commerce s’est étendu au-delà de l’usage local, la potasse (un ingrédient essentiel dans la fabrication du verre) étant exportée vers d’autres régions.

Peut-être inspiré par cette histoire, l’Artlabo Retreat est divisé en différents groupes qui s’apprêtent à utiliser les algues dans le cadre de leurs recherches sur l’île, qu’il s’agisse de son, d’image, de mode, et de médias. À marée basse, une riche forêt aquatique se dévoile alors que nous marchons parmi les rochers vers la mer avec l’ethnobotaniste Edouard Bal. Équipés de grands seaux jaunes, nous apprenons à récolter les algues : il faut uniquement prendre celles qui sont attachées aux rochers, car celles qui flottent librement sont probablement déjà en décomposition. J’essaie toutes les variétés, appréciant leur goût brut et familier.

Récolte d’algues. De gauche à droite, photos de Marina Pirot & Kaascat

Les algues peuvent être classées en trois grands groupes selon leur couleur : brunes, rouges et vertes. Les botanistes les appellent respectivement Phaeophyceae, Rhodophyceae, et Chlorophyceae. Au cours de la première semaine d’ArtLabo, ces trois types de matières servent de sources d’inspiration, de matières premières pour la fabrication de tissus et de bioplastiques, de composants conducteurs dans des expérimentations, d’éléments clés dans des performances et de touches décoratives dans tout le camp.

Le lendemain soir, alors que nous regardions le film Umi No Oya, nous grignotons des préparartions délicieuses à base d’algues. Le documentaire de Maya Minder et Ewen Chardronnet (rédacteur en chef de Makery) raconte l’histoire de Kathleen Drew-Baker, l’algologue dont les recherches ont révolutionné la culture de l’algue nori au Japon. Le film explore sa découverte cruciale du cycle de vie des algues rouges, qui a permis le développement des techniques modernes de culture de nori dans le Japon d’après-guerre. Bien qu’elle ait dû lutter en tant que femme dans le monde scientifique occidental d’avant-guerre – son mariage avec un collègue de l’université de Manchester l’empêchait de percevoir un salaire -, Kathleen Drew-Baker est aujourd’hui vénérée comme une déesse dans la tradition shintoïste au Japon, parfois appelée « umi no oya », « mère de la mer », sans avoir jamais mis les pieds au Japon.

Maya Minder est une artiste basée à Zurich et à Paris, travaillant à la croisée du biohacking, de la culture alimentaire et du design spéculatif. Sur l’île, en compagnie de Corinna Mattner, artiste, créatrice de mode et militante, elles animent un atelier où les algues sont transformées en tissu, à l’aide de glycérine. « Je suis obsédée par la glycérine. Elle est à la fois hydrophile et lipophile, ce qui en fait un matériau incroyable à travailler », explique Maya alors que le groupe commence à traiter les algues récoltées. Une fois séché, le tissu ressemble à du cuir translucide. Il est rapidement transformé en créations uniques, cousues avec des pièces vintage. Le groupe bénéficie du soutien de Violaine Buet, conceptrice-designer expérimentée dans le domaine des algues, originaire du sud de la Bretagne.

Le principe du camp est de « mentorer » un tiers d’étudiants en art, design, arts sonores et arts média, ainsi que des étudiants de troisième cycle, en leur offrant la possibilité d’approfondir leurs connaissances dans le cadre informel des ateliers, d’établir des contacts et de consolider des réseaux qui les aideront dans leur développement professionnel.

Corinna Mattner. Photo par François Robin

De gauche à droite : Anaïs Valdher Untersteller, étudiante en design, avec Maya Minder, et Elisa Chaveneau, étudiante en art, avec Corinna Mattner dans le laboratoire des algues. Photos par Elisa Chaveneau

C’est déjà le milieu de la semaine lorsque le groupe repart avec Edouard Bal— cette fois-ci pour cueillir des plantes sauvages comestibles. Ce soir-là, nous avons dégusté l’un des dîners les plus passionnants de la semaine, les plantes fraîchement cueillies ayant été transformés en un véritable délice gastronomique par Edouard Bal et le groupe de food design, avec la participation de Julie « cuisinerd » Tunas et de l’artiste designer Lorie Bayen El Kaïm qui collaborent toutes deux dans le cadre d’une résidence artistique de longue durée et d’un projet artistique sur les méthodes de cuisson et les habitudes alimentaires avec La Gare, Centre d’art et de design. Ce moment fort de la semaine a été introduit par une touchante conférence-performance donnée par Seungje Han, étudiant coréen fraichement diplômé d’un Mastère en design de la transition à l’Ecole des Beaux-Arts de Brest.

Cueillette d’algues avec l’ethnobotaniste Edouard Bal. Credit: Makery

De gauche à droite : Photos par Maya Minder, Elisa Chaveneau, Noémie Vincent-Maudry

Je nage deux fois par jour, même quand il fait froid ou qu’il pleut, ce qui n’est pas surprenant en Bretagne. C’est la fin de la semaine, et alors que le reste de l’Europe a cuit sous une vague de chaleur, ici, la température a été supportable, voire agréable, et la côte bretonne accueille une dépression atlantique alors que nous nous préparons frénétiquement pour la journée portes ouvertes de l’ArtLabo Retreat. La soirée – le soleil se couche tard ici – est remplie de spectacles, de conférences, de présentations et d’une exposition sur la Colonie du Phare. Nous passons d’un endroit à l’autre, suivant le déroulement des événements.

Ryu Oyama, invité pour une résidence de 7 semaines en France et Suisse dans le cadre du programme Archipelago, mêle le son à une interprétation contemporaine de la cérémonie du thé, en utilisant un siphon pour créer de l’espuma, une technique empruntée à la gastronomie moderne et moléculaire qui apporte une texture délicate et mousseuse. Le thé, transformé en mousse, est servi de main à main avec l’aide de Pôm Bouvier-B. C’est une sensation étrange et intime que de recevoir du thé sous forme d’espuma, reposant en apesanteur dans la paume de la main, comme un cadeau.

Ryu Oyama et Pôm Bouvier-B. Credit : Makery

Credit : Kaascat

Fréquences de la forêt

À peine un jour plus tard, le paysage passe du bleu au vert. Les chaussures encore pleines de sable, je m’allonge dans l’herbe devant le château de Kerminy, à Rosporden, dans la magnifique région bretonne de Cornouaille. Un chat orange sympathique explore le domaine avant de disparaître dans la forêt dense qui l’entoure.

Kerminy est un espace autogéré dédié à l’expérimentation, à la recherche et à la création, fondé en 2020 par le duo artistique (n)— Dominique Leroy et Marina Pirot. Décrit comme un « lieu d’agriculture en arts », il occupe une ancienne seigneurie du XIVe siècle, avec une chapelle, un lavoir, des dépendances et des bois, nichée dans un domaine de 12,5 hectares à l’orée d’une vaste forêt. C’est ici que l’ArtLabo Retreat se concentre désormais sur le son. Et il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi : même la serre est remplie d’installations sonores nichées parmi des plants de tomates géants.

Dominique Leroy est un artiste sonore qui crée des installations, des expositions et des parcours sonores conçus pour nous aider à écouter un lieu. Son travail est souvent collaboratif et s’appuie sur l’utilisation d’appareils techniques recyclés ou réutilisés pour la capture et la diffusion du son, ce qu’il appelle la fabrication expérimentale d’instruments paysagers.

Marina Pirot, pour sa part, est une artiste qui travaille à la croisée de la danse et des pratiques écosomatiques. Son travail explore la relation entre le corps et l’environnement, en se concentrant sur la collecte et la transmission des connaissances gestuelles.

Kerminy n’est pas loin de la mer. Le Dr Tony Robinet nous fait visiter la station marine locale, puis nous visitons le musée. En tant que sculptrice, je suis fascinée par la salle de taxidermie. La peau de chaque poisson est soigneusement retirée et placée sur une réplique en polystyrène. La salle est remplie d’innombrables spécimens aux motifs et aux couleurs fascinants.

Cette semaine, tout le monde se prépare pour Fluxon, la résidence artistique et événement annuel du château. Ateliers quotidiens de mécatronique animés par Marc Dusseiller, « workshopologiste » transdisciplinaire de la SGMK (Société d’Art Mécatronique de Suisse) et Hackteria International Society se prolongent jusque tard dans la nuit, entrecoupés de conversations spontanées qui s’engagent dès le petit-déjeuner.

Le musicien Quentin Aurat explique ses hacks d’instrument à Marie-Jo de Kerminy et à l’une de ses amies dans le music hacklab. Credit : Kaascat

Le festival Fluxon de Kerminy fait partie du parcours art sonore dans le Parc du chateau, tous les samedis jusqu’au 13 septembre. Le ballon solaire Aérocène labellisé « Fluxon » flotte dans le ciel. Credit : Maya Minder

Le Dr. Tony Robinet et Toru Ryu Oyama donnent d’une conférence sur les lichens. Credit : Kaascat

“Quelle est la différence entre le son et la musique ?”

« Le son est partout. La musique, c’est ce que l’on fait avec ce son », répond Pôm sans hésiter. Pôm Bouvier B. a été attirée par la musique et le son dès son plus jeune âge, mais elle a passé de nombreuses années à explorer différentes disciplines artistiques. Un véritable coup du destin, une blessure à la jambe, l’a amenée à créer des sons pour un spectacle, ravivant ainsi son lien avec la musique. Depuis lors, sa pratique est centrée sur le son, depuis plus d’une décennie. Dans l’improvisation musicale, elle a trouvé tout ce qu’elle cherchait : un espace où tous ses talents divers pouvaient converger. « L’improvisation me fait me sentir vivante. C’est comme si toutes les compétences que j’ai acquises au cours de mon parcours trouvaient enfin leur utilité. »

Pôm Bouvier B., concert à la Nuit Fluxon. Credit : Makery

L’artiste noise expérimental Jena Jang ajoute une nouvelle couche à ce paysage sonore dense. La plupart de ses instruments sont fabriqués à la main, soudés dans des boîtes Tupperware, et produisent des sons qui n’ont rien de domestique. Sa musique se déroule comme un voyage dans le subconscient, avec des paysages sonores lourds percés d’harmoniques complexes qui ondulent à travers le chaos.

Jena Jang à la Nuit Fluxon. Credit : Kaascat

L’heure du départ : du vert au gris

e suis partie en train le lendemain du festival. Sur le chemin de Paris, je ne peux m’empêcher de penser aux personnes que j’ai rencontrées au cours des trois dernières semaines et aux idées et projets que nous avons échangés.

On dit qu’aucun homme n’est une île, mais les artistes et les scientifiques travaillent souvent dans l’isolement, plongés dans leurs pratiques respectives. Les retraites comme celle-ci fonctionnent comme l’eau : elles relient discrètement même les plus éloignées.

par Chrysa Chouliara, août 2025

Art & Recherche Biomédicale

L’exposition Plus Que Vivant qui structurait le festival Open Source Body a été l’occasion de découvrir une dizaine d’installations qui interrogent le vivant par le biais de la santé et de la recherche médicale. Les artistes qui étaient réunis pour cet évènement proposé par Art2M/Makery/MCD et la Cité internationale des arts sont impliqués dans le projet ART4MED (Art meets Health and Biomedical research) co-financé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne.

Cette thématique spéculative autour des biotechnologies n’était pas sans évoquer l’âge d’or de la science-fiction. Comment ne pas penser au meilleur des mondes d’Aldous Huxley, où les êtres humains sont conçus à la chaîne en laboratoire, en étant confrontés à UNBORN0x9… Cette installation de Shu Lea Cheang et Ewen Chardronnet, où l’on distingue un nouveau-né dans une sorte de couveuse ovoïde (sur)veillée par un bras robotisé, pose la question du développement des fœtus hors du corps, dans des utérus artificiels, et du devenir cyborg de la parentalité…

Unborn0x9, de Shu Lea Cheang, Ewen Chardronnet et le collectif Future Baby Production. Photo: © Quentin Chevrier

Le corps et ses ressources, parfois insoupçonnées, sont à la fois source d’inspiration, matériaux et données brutes pour ces explorations artistiques qui agissent aussi comme des alertes. Proche du milieu des biohackers, l’artiste-performeuse Maya Minder proposait Green Open Food evolution. Une réflexion autour de la consommation des algues, si prisées au Japon notamment, ainsi qu’une expérience communautaire autour de la nourriture. Un dîner performatif où le design à une importance centrale. Pour reprendre la formule consacrée, nous sommes ce que nous mangeons et l’on peut aussi s’interroger sur l’évolution et les transformations de nos organismes selon nos régimes alimentaires.

Avec Tiny Minning, Martin Howse présentait une sorte d’auto-exploitation des corps pour en extraire des minerais et terres rares… Cette initiative est suivie depuis 2019 par une communauté informelle de chimistes, géologues, artistes et médecins « alternatifs ». Ce projet pour le moins étonnant reste purement fictionnel. Il ne s’agit pas de mettre en œuvre de tels protocoles en direction du grand public, mais de se livrer à une spéculation et d’expérimenter des pistes en résonnance avec la problématique de l’exploration et du pillage des ressources minières.

Helena Nikonole & Lucy Ojomoko travaillent plus en surface, si l’on ose dire… Leur projet Quorum Sensing : skin flora signal system passe par des modifications génétiques de la peau humaine. L’idée est de pouvoir détecter des maladies grâce aux odeurs émises par les bactéries du microbiome cutané qui joueraient ainsi le rôle d’un signal d’alarme. À noter que dans ce processus, les odeurs produites ne sont pas forcément mauvaises, comme dans la vraie vie, mais peuvent revêtir des senteurs florales par exemple… Helena Nikonole & Lucy Ojomoko ont matérialisé et testé ce projet via un dispositif d’odorat biomorphique relié à des récipients en verre par des tubulures souples en plastique. Le public est invité à renifler délicatement les diverses exhalaisons ainsi (re)créées.

Quorum Sensing, de Helena Nikonole and Lucy Ojomoko, lors du vernissage. Photo: © Quentin Chevrier

Avec M/Other : arts of repair, Edna Bonhomme, Nazila Kivi, Jette Hye Jin Mortensen & Luiza Prado ont choisi d’opérer sur les âmes plus que sur les corps. Mis en scène dans une salle abandonnée d’un hôpital psychiatrique (toujours en activité), cette installation collective et multifacettes vise à explorer les possibilités de réinvestir les espaces de guérison institutionnels et met exergue les inégalités en matière de santé et de la violence raciale dans les antécédents médicaux.

M/other: the arts of repair / Jette Hye Jan Mortensen. Photo: © Quentin Chevrier

Enfin, l’approche politique était assurée par Estelle Benazet Heugenhauser & Cindy Coutant aka L4bouche. Leur installation Jupiter Space se présente comme une fresque avec des collages, dessins, photos et fragments de textes signés, par exemple et au hasard, par Ulrike Meinhof… La source de cette installation qui s’érige contre la domination masculiniste et le contrôle des corps est un texte de la chercheuse Zoë Sofia — à laquelle Donna Haraway doit beaucoup — publié dans les années 80 dans la revue Diacritics. Intitulé Exterminer les fœtus : avortement, désarmement, sexo-sémiotique de l’extra-terrestre, ce manifeste a été traduit justement par L4bouche et vient juste de paraître en français aux éditions Excès.

Jupiter Space, de Cindy Coutant & Estelle Benazet (l4bouche). Photo: D.R.

À l’occasion d’une précédente « monstration » de cette installation, à la galerie Les Limbes à Saint-Étienne en 2021, Jacopo Rasmi (maître de conférences en arts visuels et études italiennes à l’Université Jean Monnet) analysait avec précision cette galaxie sidérale et sidérante d’une domination masculiniste qui façonne les imaginaires, les outils et les désirs au détriment autant des corps féminins que des milieux terrestres (lisez Lundi.AM !).

Festival Open Source Body, édition 2022
Exposition Plus Que Vivant : quand l’art rencontre la santé et la recherche médicale
> https://www.opensourcebody.eu/

plus que vivant

Troisième édition pour le festival Open Source Body. Au programme, des rencontres et une exposition sous-titrée cette année Plus que vivant. À l’initiative du medialab Makery, cette manifestation réunit des artistes qui puisent leur inspiration dans le domaine de la santé, des biotechnologies et de la recherche médicale, questionnant ainsi les limites du corps humain et ses rapports, tourmentés, avec son environnement.

Une trentaine d’installations, artefacts et vidéos sont présentés. Dont Tiny Mining de Martin Howse ; première coopérative d’exploitation minière open source engagée dans l’exploitation potentielle de l’intérieur du corps humain vivant, pour en extraire les terres rares et autres ressources minérales

The Blue Flower in the Land of Technology d’Albert García-Alzórriz ; une étude audiovisuelle sur les conséquences esthétiques et politiques de la relation entre le corps humain et les dernières technologies médicales hospitalières

UNBORN0x9 de Shu Lea Cheang & Ewen Chardronnet ; une installation artistique qui s’interroge sur le développement des fœtus dans des utérus artificiels hors du corps (ectogenèse) et sur l’avenir cyborg de la parentalité…

Quorum Sensing : Skin Flora Signal System de Helena Nikonole & Lucy Ojomoko ; un projet qui consiste à développer des modifications génétiques du microbiome de la peau humaine afin de détecter les maladies par l’odorat…

Le festival sera marqué aussi par la performance de Maya Minder & Claudia Stöckli, la présentation du Bestiaire de l’Anthropocène par Disnovation (Nicolas Maigret, Maria Roskowska) et Nicolas Nova, des ateliers, une rencontre avec ORLAN et Marion Laval-Jeantet sur le thème « Quand l’art détourne la normativité médicale », une conférence animée par Ariel Kyrou (« Quand les artistes rencontrent la santé et la recherche biomédicale »)

En partenariat avec Bioart Society (Finlande), Laboratory for Aesthetics and Ecology (Danemark), Waag Future Lab (Pays-Bas), Kersnikova Institute (Slovénie), Open Source Body est co-produit par Art2M/Makery/MCD et la Cité internationale des arts, organisé dans le cadre du programme ART4MED – art meets health and biomedical research et co-financé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne.

> du 28 septembre au 22 octobre, Cité internationale des arts, Paris
> https://www.opensourcebody.eu