Glitch, bugs & hallucinations

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Un révélateur des structures invisibles qui régissent nos environnements numériques… 

La note d’intention de cette exposition qui se tient au Cube, à Garges, jusqu’à la mi-juillet résonne aussi, si l’on ose dire, avec certaines approches expérimentales de la musique électronique. Né dans les années 90s, dans le sillage d’Intelligent Dance Music, le courant « glitch » a vu des musiciens jouer (dans tous les sens du terme) avec les « bugs » des CDs, des disques durs, des logiciels… Faisant preuve d’une nouvelle créativité en « inventant de nouvelles erreurs », pour reprendre la formule de Georg Christoph Lichtenberg. La série « Cliks & Cuts » du label Mille Plateaux reste emblématique de cette démarche musicale. Dans le genre, on peut citer également des artistes comme Oval, Aphex Twin, Autechre, Alva Noto, Microstoria et bien sûr Ryoji Ikeda, qui se tient toujours a équidistance de la musique électronique et de l’art numérique.

Pour ce qui est de la création numérique, cette approche permet de montrer l’envers du décor. Dans un monde où l’efficacité est devenue le mantra technologique, le glitch agit comme une interruption qui dévie les objets techniques de leurs formes et usages. En « exploitant » les bugs, les artistes exposent le fonctionnement interne des systèmes algorithmiques, dévoilant les rouages sous-jacents qui manipulent notre expérience du monde numérique. À travers cette « faille », l’exposition dévoile l’idéologie des plateformes, en soulignant leur quête de perfection, de fluidité et de contrôle. Le glitch, en tant que dysfonctionnement, révèle la norme cachée : une course à l’optimisation qui repose sur des choix politiques et économiques déguisés en nécessités techniques…

Nick Briz, Émilie Brout & Maxime Marion, Ismaël Joffroy Chandoutis, Arthur Chevalier, Sky Goodman, Jamie Fenton, Aurélien Maignant, Rosa Menkman, OVAL, Kaspar Ravel, Sheglitchr, Sabato Visconti, Clément Valla, Laimonas Zakas et !Mediengruppe Bitnik en apportent la preuve au travers de leurs installations, projets sonores, machines interactives, vidéos et autres dispositifs… Leurs pratiques oscillent entre subversion et récupération […] l’erreur devient à son tour elle-même une technique. […] Ils font un travail d’équilibriste pour maintenir la machine entre l’état de vie et de mort. Le glitch, présenté en tant qu’œuvre d’art, joue alors un triple rôle : celui de témoin de l’existence même du glitch, mais aussi de l’adresse dont témoigne l’artiste d’avoir su reproduire et maintenir ce même glitch, et finalement de partager avec le public l’instant de révélation, le moment intuitif où l’on comprend la cause d’un glitch sans forcément posséder la connaissance totale de ce qui se trame sous les coques opaques de nos machines.

Glitch, bugs & hallucinations
> exposition, entrée libre, sans réservation
> du 25 octobre au 18 juillet, Le Cube, Garges
> https://www.lecubegarges.fr/