Convention et festival des cultures électroniques

Pour ce rendez-vous proposé par Technopol qui fête ses 10 ans en cette fin de semaine, il y a bien sûr des lives et DJ-sets avec Dave Clarke, Para One, Molecule, Volvox, BXTR, Dylan Dylan, Bamao Yendé, Electric Rescue, Josh Cheon, Osoloco, Frédéric Djaaleb, Alignment, Headless Horseman, Calling Marian, Axel Moon, Inigo Kennedy

Mais aussi — et surtout ? — beaucoup de questionnements autour de l’organisation et du déroulé des événements festifs, et de la création musicale sous forme de conférences, débats, masterclasses et workshops. Parmi les thèmes abordés : Metaverse : pour un virtuel plus vertueux, e-sport et musiques électroniques ; NFT : nouvel économie de la création ou non sens écologique ? ; Data et métadonnées : comment donner plus de valeur à vos œuvres ? ; Passeurs ou militants : les tiers-lieux, nouvelle maisons de l’écologie pour tou·te·s ; Inclusion, sororité et musiques électroniques ; où en est-on dans la région SWANA (Afrique du Nord et Asie du Sud-Est)

> du 21 au 24 septembre, La Villette, Paris
> https://www.pariselectronicweek.com/

Le jour d’après

Prométhée, le jour d’après est une exposition présentée au Centre des Arts d’Enghien en collaboration avec le Centre Wallonie Bruxelles. Les pièces proposées sont rassemblées selon trois questionnements. En premier, celui autour du fameux mythe prométhéen. Ce volet de l’exposition est constitué d’œuvres manifestant autant des traits de démarcation et de métamorphoses de l’humain que de son environnement en quête d’une voie libératrice. Ce premier chapitre tente ainsi d’identifier les prémices de ces transformations à venir, la potentialité des êtres et des territoires en sélectionnant des œuvres aux essences non immuables, aux données hétérogènes.

Le deuxième est axé autour de l’hybris, notion grecque qui se traduit le plus souvent par « démesure ». Elle désigne un comportement ou un sentiment violent inspiré par des passions, particulièrement l’orgueil et l’arrogance. Associée à des valeurs morales et religieuses, l’hybris est condamnée car elle est un dépassement de la condition humaine qui est usurpation du divin. Les pièces sélectionnées pour ce second chapitre attestent de l’augmentation des potentialités humaines par la technologie, du mythe de la singularité et des visées post-humanistes permettant ici de métamorphoser la forme préétablie en liberté d’inventer le réel et l’imaginaire.

Le troisième est presque nietzschéen puisque le voleur de feu, nous dit-on, a opéré un renversement de toutes les valeurs. Avec Prométhée, une révolution s’opère : le socle qui fondait les valeurs de l’univers s’est déplacé (…). Avec lui, l’esprit n’est pas que subtilité mais devient don d’invention, préscience, art d’administrer faisant tout ce qui est humain, advenir faveur, partage et générosité. (…) Tous les gestes spéculatifs qui en résultent, permettent aux œuvres de ce troisième chapitre, de développer une pensée sous le signe d’une fertilisation et d’un engagement par et pour des possibles qu’il s’agit de générer et de rendre perceptibles dans le présent.

Illustration au travers de vidéos, photos, sculptures, installations avec Caroline Le Méhauté, Justine Emard, Alice Pallot (Oosphère, qui imagine univers futuriste dans lequel une communauté scientifique s’interroge sur ses origines), Frederik de Wilde (Hunter & Dogs, inspiré de l’ADN et des modifications possible du génome), Jean-Pierre Giloux (Stations # part 4 extrait d’Invisible Cites, une tétralogie qui s’inspire des Métabolistes, mouvement utopiste architectural japonais d’après-guerre), Sarah Caillard, Sabrina Ratté (avec des cyborg/déesses qui incarnent le concept de « monade », dans laquelle chaque individu constitue une sorte de « miroir fragmenté », dans une réalité plus large), Mathieu Zurstrassen (Margaret, un prototype élaboré d’ESP (Emotional Support Plant) régit par un réseau Neuronal (AI) initialement créé pour combler la solitude d’un chercheur), Arnaud Eeckhout & Mauro Vitturrini, Filipe Vilas-Boas (L’Astrophone, une projection interactive, méditative et musicale qui traite de l’exploration spatiale et de la quête de sens), Charlotte Charbonnel, Raymond Delepierre (Swalling hEARt, une large sphère audiosensitive invite le public au toucher afin de percevoir par son corps les vibrations du son qui en émane), Adrien Lucca, Thy Truong Minh

> du 21 septembre au 18 décembre, CDA, Enghien-les-Bains
> https://www.cda95.fr/

40 ans d’art sonore

La Muse en Circuit a été créée en 1982 par Luc Ferrari. À l’époque, cette structure est basée à Vannes. Dix ans plus tard, déménagement à Alfortville et construction de nouveaux studios (électroacoustiques et radiophoniques). En 1994, Luc Ferrari démissionne et David Jisse lui succède. Depuis 2013, c’est Wilfried Wendling qui dirige ce Centre National de Création Musicale.

Pour ses quarante ans d’existence, La Muse en Circuit rend hommage à son fondateur. En particulier grâce à l’ensemble Soundinitiative qui proposera un parcours décalé et humoristique reprenant des pièces performatives de Luc Ferrari (…) peu jouées et inviteront le public à des jeux d’interactions sociales intuitives, avec cette légèreté profonde, typique du compositeur.

En avant-première, Jérôme Florenville présentera Une autre écoute est possible. Un documentaire qui part sur les traces de ce que fut La Muse en Circuit, véritable laboratoire sonore qui irrigue jusqu’à aujourd’hui tout un courant de musiques inclassables dont le fil rouge s’articule autour de la création sonore : expérimentales, contemporaines, électroacoustiques, improvisées, bruitistes, etc.

La galerie d’exposition Le 148 à Alfortville, offre une exposition sonore  pour entrer dans l’univers de La Muse en Circuit au travers de deux espaces. L’un dédié à une installation sonore immersive Le Cycle des souvenirs, création de Luc Ferrari. Au centre de plusieurs enceintes placées à différentes hauteurs, le spectateur est plongé dans un espace sonore nourri des souvenirs du compositeur. (…) Tous les éléments sont architecturés en cycles qui, en se superposant, produisent des rencontres hasardeuses. (…) La boucle sonore se décale et se transforme à l’image des transformations et déformations opérées par la mémoire et le temps… L’autre espace est dédié à un atelier de création sonore avec des objets électroniques ludiques (Soundbox) et des logiciels dédiés (Motionkit).

> du 20 septembre au 4 octobre, le 148, Alfortville
> https://alamuse.com/
> https://www.facebook.com/events/3025741507717988/3025741524384653

plus que vivant

Troisième édition pour le festival Open Source Body. Au programme, des rencontres et une exposition sous-titrée cette année Plus que vivant. À l’initiative du medialab Makery, cette manifestation réunit des artistes qui puisent leur inspiration dans le domaine de la santé, des biotechnologies et de la recherche médicale, questionnant ainsi les limites du corps humain et ses rapports, tourmentés, avec son environnement.

Une trentaine d’installations, artefacts et vidéos sont présentés. Dont Tiny Mining de Martin Howse ; première coopérative d’exploitation minière open source engagée dans l’exploitation potentielle de l’intérieur du corps humain vivant, pour en extraire les terres rares et autres ressources minérales

The Blue Flower in the Land of Technology d’Albert García-Alzórriz ; une étude audiovisuelle sur les conséquences esthétiques et politiques de la relation entre le corps humain et les dernières technologies médicales hospitalières

UNBORN0x9 de Shu Lea Cheang & Ewen Chardronnet ; une installation artistique qui s’interroge sur le développement des fœtus dans des utérus artificiels hors du corps (ectogenèse) et sur l’avenir cyborg de la parentalité…

Quorum Sensing : Skin Flora Signal System de Helena Nikonole & Lucy Ojomoko ; un projet qui consiste à développer des modifications génétiques du microbiome de la peau humaine afin de détecter les maladies par l’odorat…

Le festival sera marqué aussi par la performance de Maya Minder & Claudia Stöckli, la présentation du Bestiaire de l’Anthropocène par Disnovation (Nicolas Maigret, Maria Roskowska) et Nicolas Nova, des ateliers, une rencontre avec ORLAN et Marion Laval-Jeantet sur le thème « Quand l’art détourne la normativité médicale », une conférence animée par Ariel Kyrou (« Quand les artistes rencontrent la santé et la recherche biomédicale »)

En partenariat avec Bioart Society (Finlande), Laboratory for Aesthetics and Ecology (Danemark), Waag Future Lab (Pays-Bas), Kersnikova Institute (Slovénie), Open Source Body est co-produit par Art2M/Makery/MCD et la Cité internationale des arts, organisé dans le cadre du programme ART4MED – art meets health and biomedical research et co-financé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne.

> du 28 septembre au 22 octobre, Cité internationale des arts, Paris
> https://www.opensourcebody.eu

cultures électroniques et arts numériques

Après les turbulences des années Covid et malgré les séquelles encore en cours, 2022 semble marquer un retour à la normale pour les grands événements publics. Timing idéal pour Scopitone qui célèbre ses 20 ans d’existence en cette rentrée, du 14 au 17 septembre.

Cet anniversaire sera marqué par du mapping projeté dans la cour du Château des ducs de Bretagne. Aux manettes, Yann Nguema (fondateur d’Ez3kiel). Pour cette création, il va puiser des éléments de la culture indienne (s’inspirant de l’exposition Reflets de mondes sacrés visible au château) et les télescoper avec d’autres esthétiques issues de civilisations et époques différentes. Ce métissage culturel en forme d’uchronie architecturale s’animera régulièrement tous les soirs du festival à partir de 21h00.

Rendez-vous quasi-similaire mais sur les bords de l’Erdre, quai Ceineray, avec Joanie Lemercier (co-fondateur du label AntiVJ) pour son l’installation audiovisuelle Constellations qui brille de multiples reflets aux couleurs blanches et argentées nimbées de noir. Des visuels projetés sur de fines gouttes d’eau en suspension forment ainsi des images tridimensionnelles qui nous donnent l’impression de plonger aux tréfonds du cosmos jusqu’aux limites de l’univers. La bande-son est signée Paul Jebanasam.

Sur le front des lives A/V, on retrouve avec plaisir Alex Augier. Il proposera hex/A\, une performance millimétrée qui combine son, vidéo et laser. Attentif à la « mise en scène », Alex Augier sait surprendre le public par des images et des sonorités qui frappent comme des uppercuts. Sébastien Guérive devrait aussi surprendre avec son projet Omega Point en développant une atmosphère ambient et expérimentale, en contrepoint des images organiques du réalisateur Mikaël Dinic diffusées sur onze cylindres.

Plus coloré, plus festif aussi, le tandem formé par S8JFOU et Simon Lazarus devrait embarquer le public dans un univers à la fois rythmé et introspectif avec leur live AV Op Echo. Autre duo au programme, Atoem se partage également entre deux mondes, organique et synthétique, acoustique et électronique. À noter qu’ils seront aussi présents pour une masterclass sur la synthèse soustractive ; c’est-à-dire autour du synthé modulaire qu’ils ont fabriqué et des différentes phases du processus créatif (composition, mixage, enregistrement, etc.).

Le jeudi 15, la salle Maxi de Stereolux devrait résonner sous les assauts combinés de 4 artistes : Maelstrom, Flore, Fasme et Djedjotronic. Cette performance à 8 mains devrait être un des temps forts des lives et DJs sets de cette édition avec Daniel Avery, tête de pont de la première nuit electro qui s’achèvera tôt le matin. Le reste de la programmation musicale nous échappe quelque peu, question de génération…, mais nul doute qu’entre Gazole Inc., Poté, Decius, Asna & Anyoneid, Zone Rouge, Anetha, Myd, Bambounou ou Nesa Azadikhah, cet anniversaire bénéficie de bonnes vibes.

> du 14 au 17 septembre, Nantes
> https://www.stereolux.org/scopitone-2022/

Global Periphery est un symposium hybride sur les activités spatiales et les imaginaires contemporains de l’espace proposé par Annick Bureaud et Marcus Neustetter.

Les imaginaires spatiaux dominants sont ancrés dans la culture des nations qui ont mené la première ère de l’exploration spatiale, en grande partie issus des États-Unis et de l’iconographie hollywoodienne. Mais qu’ont fait — et que font — tous les autres ?

Énoncer, analyser, réinterpréter, questionner, métisser, inventer, créer des imaginaires spatiaux dans et à partir de multiples dimensions est au cœur de Global Periphery où interviendront Eleanor Armstrong, Fabiane Borges, Rohini Devasher, Davis Cook, Michelle Hanlon, Eduardo Kac, Susmita Mohanty, Ale de la Puente, Yoko Shimizu, Frédérique Aït Touati… avec en point d’orgue, Imaginary Futures, une performance collective expérimentale en ligne et sur site conçue par Marcus Neustetter.

> les 23 et 24 septembre, Cité internationale des arts, Paris
> https://www.olats.org/global-periphery

une exposition conçue avec Fact, à découvrir dans les sous-sols de 180 Studios, qui propose des œuvres immersives, génératives, algorithmiques, 3D, holographiques et interactives de  Ryoichi Kurokawa (Subassemblies), UVA (Topologies, Vanishing Point), Caterina Barbieri & Ruben Spini (Vigil), Lawrence Lek + Kode9, Actual Objects, Gener8ion (Romain Gavras & Surkin), Gaika (Convo 2.2 Complex Confessional), Tundra (Row), NONOTAK (Daydream V.6), Ben Kelly & Scanner (aka Robin Rimbaud) (Columns), object blue & Natalia Podgorska, Weirdcore + Aphex Twin (Subconscious), Hamill Industries & Floating Points (Vortex), Ib Kamara, Ibby Njoya

> du 28 avril au 28 août, 180 The Strand, Londres (Angleterre)
> https://www.180thestrand.com/future-shock
> https://www.factmag.com

for space agriculture

Organisé par Esox Lucius, cette exposition de Valère Costes est programmée dans le cadre de la résidence hors les murs de l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire culturel du CNES.
Pour que des voyages spatiaux habités puissent se faire, les scientifiques étudient actuellement la possibilité d’une agriculture spatiale permettant aux équipages de pouvoir se nourrir.
Le projet de Valère Costes consiste à mettre en place une série de dispositifs techniques (mécaniques et électroniques) soumettant une sélection d’espèces de plantes à une sorte d’entraînement.
Les contraintes et péripéties liées à ce type de voyage y sont recréés et/ou extrapolées (force centrifuge, vibrations, accélérations, crash tests, perte de repères directionnels et lumineux…); ironisant ainsi non sans humour et avec poésie sur la volonté de cette nouvelle conquête verticale.
Les plantes s’en trouvent déformées, atrophiées, devant s’adapter à ces conditions de croissance en perpétuel mouvement. Chaque dispositif soumettra une plante à un traitement sur tout le long de sa croissance, une relation étroite semblera s’établir dans les binômes dispositifs techniques/plantes.
L’aboutissement du projet se fait sous forme d’herbiers des espèces testées, révélant leur propension à la résilience (déformation, atrophie, exubérance). Ceux-ci sont associés à un dessin du dispositif ainsi qu’à la description précise des conditions du test.
La conclusion philosophique et symbolique reste ouverte car, si la sérendipité est recherchée, celle-ci appartient aux capacités des plantes à accepter leurs conditions de croissance.

> Esox Lucius / Le quai (294M9), 140 rue de la Gare, 71740 Saint-Maurice-lès-Châteauneuf
> ouverture les mercredis, jeudis et vendredis de 14h à 17h, les samedis et dimanches de 14h à 18h ou sur RDV, jusqu’au 28 août
> https://esoxlucius-art.blogspot.com/

Placée sous le commissariat de Mathieu Vabre, l’exposition Irisations s’inscrit dans un rapprochement entre l’art cinétique, l’art optique et la création contemporaine à l’ère du numérique et participe au renouvellement de ces courants artistiques majeurs du XXe siècle. C’est en quelque sorte la « suite de la suite » de ce que Mathieu Vabre avait proposé pour les 40 ans de la Fondation Vasarely en 2016.

Les œuvres présentées explorent le rayonnement lumineux, son spectre, ses couleurs et le phénomène perceptif. Au fil des installations et dispositifs présentés dans l’exposition, les ondes lumineuses sont reflétées, réfractées, diffractées… laissant entrevoir de multiples arcs-en-ciel.

Ce phénomène d’irisation est recréé mécaniquement dans une « chambre à bulles de savon » par Verena Friedrich (The Long Now). Hernan Zambrano s’amuse aussi avec une bulle de savon qu’il « tisse » grâce à un système de fils de nylon sur lesquels glisse de l’eau savonneuse. Les spectateurs pouvant interagir, jouer avec les fils et modifier ainsi les formes générées (Iris).

Flavien Théry joue sur la décomposition des couleurs, en suscitant la confusion avec un dispositif stroboscopique (Le Blanc n’existe pas) ou en faisant défiler le spectre des couleurs de manière décalée (Les contraires n°2). Romain Tièche se base également sur un défilement sur écran d’une lumière blanche décomposée en couleurs chromatiques primaires (vert, rouge, bleu) (Random Shot Of The Light).

Couleur inexistante qui nait de la superposition du bleu et du rouge, le magenta est extra-spectral comme l’avait démontré Newton en son temps. Une expérience qu’a recréé Alistair McClymont (Magenta).

Lucien Bitaux s’inspire et matérialise des phénomènes de troubles de la vision via des sculptures combinant de multiples prismes (Les Liminaux). Il présente également des gravures photographiques sur plastique. L’angle de vue révèle les couleurs par endroits, selon la découpe préalable et la chaleur dégagée au moment de la gravure sur des filtres polarisants (Les Images Phénoménologiques).

À l’extérieur de l’Espace Gantner, Natalia de Mello a installé des sculptures d’acier recouvertes de peinture holographique iridescente ; en d’autres termes, qui réagit uniquement à la lumière du soleil (Fragments d’arc-en-ciel). Un petit système d’arrosage permet même de recréer un arc-en-ciel.

Adrien Lucca s’est interrogé sur la différence entre lumière naturelle (chaude) et artificielle (froide). En modulant des milliers de diodes électroluminescentes, il a réussi à se rapprocher des variations qu’offre la lumière naturelle de fin du jour (Lampe Ciel 1.2).

> jusqu’au 16 juillet, Espace Multimedia Gantner, Bourogne
> https://www.espacemultimediagantner.cg90.net/

L’ère des médias semblables à la vie

Exposition organisée par le prestigieux ZKM (le Centre d’art et de technologie des médias de Karlsruhe), en collaboration le CDA d’Enghien, BioMedia propose des pièces et dispositifs « bio-mimétiques ». À la différence du bio-art qui œuvre au plus près de l’organique, le bio-mimétique cherche à se rapprocher de la vie par la mécanique, l’électronique et la cybernétique. Sur ce postulat, deux tendances sont proposées au travers de cet événement. L’une sous l’angle des technologies appliquées au domaine de l’environnement sous la forme d’écosystèmes hybrides et l’autre, sous celui des technologies relatives cette fois à l’humain, permettant d’envisager une « évolution artificielle ».

Jake Elwes, CUSP, 2019. Photo: D.R.

Le premier volet présente, notamment, le Supraorganism (2021) de Justine Emard. Une installation évolutive basée sur les mouvements d’un essaim d’abeilles qui fait réagir des sculptures robotiques en verre suspendues comme des mobiles. Jake Elwes joue également avec des données animales, celles d’oiseaux des marais soumises à l’intelligence artificielle, pour tenter un dialogue entre créatures artificielles et naturelles (Cusp, 2021). Anna Dumitriu et Alex May attirent notre attention sur le changement climatique en (re)créant des micro-organismes unicellulaires — ancien et ultime témoignage de vie avant la grande catastrophe — qui baignent dans des récipients en verre nimbés de couleurs hypnotiques (ArchæaBot, 2018-2019). L’installation de Jakob Kusdsk Steensen, Re-Animated (2018-2019) est également nimbée de reflets verts, bleus et violets. Ces paysages virtuels nous immergent dans un écosystème complet, à la fois réaliste et étrange; un peu comme celui de la planète Pandora…

Anna Dumitriu & Alex May, ArchæaBot: a post climate change, post singularity life-form, 2018-2019. Photo: D.R.

Le deuxième « chapitre » met en scène des machines, des robots et des androïdes à l’hyperréalisme troublant. Celui d’Anna Dumitriu et Alex May ressemble encore à une poupée mécanique améliorée, capable de se déplacer et de réagir aux sollicitations du public grâce à des capteurs combinés à des algorithmes (Cyberspecies Proximity Digital Twin, 2020). Les androïdes siliconés de Maija Tammi (One Of Them Is A Human #1, 2017) et de Stephanie Dinkins (Conversation With BINA48, 2014) sont beaucoup plus intrigants. Leur apparence, leur ressemblance poussée étant la source du malaise que l’on ressent en leur présence. Ces deux propositions illustrent la fameuse notion de « vallée dérangeante » avancée par le roboticien japonais Masahiro Mori dès les années 70s.

Jakob Kusdsk Steensen, Re-Animated, 2018-2019. Photo: D.R.

BioMedia — l’ère des médias semblables à la vie, exposition organisée par le ZKM en collaboration le CDA d’Enghien avec Anna Dumitriu, Jake Elwes, Justine Emard, Stephanie Dinkins, Jakob Kudsk Steensen, Alex May, Christian Mio Loclair, Matthew Lutz, Alessia Nigretti, Sascha Pohflepp, Maija Tammi, Jeroen van der Most, Peter van der Putten, Fabien Zocco

> du 13 mai au 8 juillet, Centre Des Arts, Enghien
> https://www.cda95.fr/

Anna Dumitriu & Alex May, Cyberspecies Proximity Digital Twin, 2020. Photo: D.R.