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Le titre de cette double exposition consacrant l’artiste Boris Labbé est emprunté à Henri Michaux. Animation, installation vidéo, scénographie, mapping… Les œuvres présentées à l’Espace culturel départemental – 21 bis Mirabeau (jusqu’au 20 février 2022) et au Musée des Tapisseries à Aix-en-Provence (à partir du 3 décembre 2021 jusqu’au 6 mars 2022) constituent une véritable monographie.

Cette célébration est proposée à l’initiative de Seconde Nature et Zinc, sous la bannière de Chroniques, la biennale des Imaginaires Numériques dont la troisième édition se tiendra du 10 novembre 2022 au 23 janvier 2023 autour de la thématique de la nuit. Boris Labbé était au programme de l’édition 2020 de Chroniques avec La Chute; un film précédemment sélectionné dans le cadre de la Semaine de la Critique du festival de Cannes 2018.

Né en 1987 à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), Boris Labbé est passé par l’École des Beaux-arts de Tarbes (ESACT) puis par l’École d’animation d’Angoulême. On ne sera donc pas surpris de retrouver ces deux fillière (dessin traditionnel et cinéma d’animation) dans son travail. Une hybridation que l’on voit à l’œuvre dans les vidéos et installations présentées dans cet « infini turbulent », qui témoignent d’une bonne décennie de pratique et d’expérimentations alliant techniques numériques, images animées et références plus classique à la peinture et au dessin.

C’est le cas notamment pour Il(s) tourne(nt) en rond (2010) et Kyrielle (2011). Deux œuvres d’animation présentées au 21 bis Mirabeau qui sont imprégnées de la peinture des primitifs flamands et des codes des classiques du cinéma d’animation expérimental : l’envahissement de l’espace par les personnages, la métamorphose, une narration en boucle.

Pour son exposition à l’espace culturel départemental – 21, bis Mirabeau, Boris Labbé propose un parcours qui présente deux de ses premières œuvres d’animation, Il(s) tourne(nt) en rond (2010) et Kyrielle (2011). Ces œuvres de “jeunesse” révèlent les thématiques et obsessions de l’auteur, développées par la suite : le goût pour la peinture des primitifs flamands, mais également une filiation à peine dissimulée avec des classiques du cinéma d’animation expérimental, l’envahissement de l’espace par les personnages, la métamorphose, une narration en boucle.

Dans la galerie gothique du Musée des Tapisseries, Boris Labbé propose une recréation du travail de scénographie réalisé pour le chorégraphe Angelin Preljocaj en 2020 : Le Lac des Cygnes. L’installation vidéo, réagencée, retravaillée, re-sonorisée, ne garde du titre original que la première partie : Le Lac (2020). Les vidéos montrent les éléments primordiaux (l’eau, la fumée, les nuages, les oiseaux, la forêt, l’architecture, une usine…) qui sont en tension permanente les uns par rapport aux autres.

D’autres travaux et vidéos s’inspirent des danses et chants traditionnels des Aïnous, peuple oublié du Nord du Japon (la série Sirki, 2020), des mouvements et glissements de terrain à l’origine de la formation des montagnes (Orogenesis, 2016), d’un organisme qui ne trouve jamais sa forme finale, mais qui cherche toujours à se renouveler, faisant ainsi référence explicitement à Deleuze et Guattari (Rhizome, 2015). À visionner en méditant sur cette citation d’Henri Michaux  : On est entré dans une zone de chocs. Phénomène des foules, mais infimes, infiniment houleuses. Les yeux fermés, on a des visions intérieures.

Boris Labbé, L’Infini turbulent, exposition – monographie à Aix-en-Provence
> 21 bis Mirabeau – Espace culturel départemental, jusqu’au 20 février 2022
> Musée des Tapisseries, jusqu’au 6 mars 2022.
> Église de la Madeleine, mapping projeté sur la façade tous les jours de 18h à 21h, jusqu’au 24 décembre 2021

> https://www.borislabbe.com/
> https://chroniques.org/event/linfini-turbulent-boris-labbe/

Révéler l’invisible par les arts numériques, les sciences et les technologies

Ça y est, Némo, la biennale internationale des arts numériques, est lancée depuis quelques semaines. Les événements, rencontres, performances et expositions vont s’enchaîner jusqu’au début janvier 2022 dans toute l’Île-de-France. Le top départ de cette manifestation a eu lieu au 104, à Paris, le 9 octobre dernier, avec l’ouverture de l’exposition-phare de la biennale : Au-delà du réel. Sous-titrée, Révéler l’invisible par les arts numériques, les sciences et les technologies, cette exposition a vu son inauguration suivie de performances pour marquer l’événement.

Donatien Aubert, Les Jardins cynernétiques. Photo : D.R.

L’art n’a cessé de questionner le réel. Et au-delà, donc… L’ère du numérique renforce ce questionnement. C’est ce que réaffirment les œuvres présentées dans les « ateliers » bordant la Halle Aubervilliers du CentQuatre. Entre cabinet de curiosités et dispositifs high-tech, réparties autour de sept thématiques, ces créations mêlent principes scientifiques, regards sociologiques et audaces esthétiques. Combien d’anges peuvent danser sur une tête d’épingle ? ; Bureau d’expertise des phénomènes invisibles, La Terre en colère ; Natures dénaturées ; Vous n’êtes pas invisibles ; Forensic Architecture ; Traqueurs/traqués… Autant de portes d’entrée, au propre comme au figuré, vers des visions décentrées de notre réalité, vers l’envers du décor de notre monde hyper-technologique, vers la part d’ombre et d’invisibilité de notre société.

Au centre de la halle trône un étrange container qui fait penser à un « couloir du temps ». Œuvre nomade s’il en est — durant la biennale, elle sera déplacée et présentée aussi à l’ENS Saclay et sur l’Esplanade de la Défense —, Passengers de Guillaume Marmin déstabilise les spectateurs qui franchissent cette passerelle avec des jeux de lumières et de miroirs kaléidoscopiques. Non loin est planté Surveillance Speaker de Dries Depoorter. Une installation qui réagit à la voix et à l’image sur le principe des dispositifs de surveillance. Richard Vijgen a pour sa part choisi de rendre visible le spectre des ondes hertziennes avec une installation vidéo (Hertzian Landscapes) et celles émises par toutes les antennes relais, les routeurs WiFi, les satellites, etc. via une appli (Architecture of Radio).

Si vous voyez un câble traîner dans un coin sur lequel est imprimé une suite sans fin de mots, c’est l’œuvre de Jeroen Van Loon, Permanent Data. Une sorte de ready-made doublé d’un mashup scriptural : les bribes de textes correspondent à la transcription de la Bible « mixée » avec des commentaires de vidéos récupérés sur YouTube. Enfin, heure d’hiver aidant, si vous allez voir cette exposition à la nuit tombée, vous pourrez profiter de l’installation lumineuse évolutive de Justine Emard, Supraorganism. Un dispositif qui fonctionne à la manière d’un variateur, basé sur un programme de machine learning qui analyse des données captées sur un essaim d’abeilles en temps réel et génère des prédictions de comportements de la colonie. Ces prédictions pilotent l’illumination de la Halle Aubervilliers du CentQuatre.

Heather Dewey-Hagborg, Probably Chelsea. Photo : © Quentin Chevrier / Nemo.

Sur la trentaine d’œuvres exposées dans les sept ateliers de cette exposition maîtresse de la biennale Nemo, on signalera quelques propositions marquantes, comme les masques suspendus de Heather Dewey-Hagborg. Presque horrifique dans leur présentation qui rappelle les trophées de certaines atrocités guerrières, ces portraits-robots réalistes ont été établis avec des fragments d’ADN de Chelsea Manning (à l’origine des documents transmis à WikiLeaks lorsqu’ielle était encore analyste militaire sous le nom de Bradley Edward Manning). Autre choc visuel, The Substitute : le rhinocéros blanc, pixellisé et « reconstitué » sous nos yeux par Alexandra Daisy Ginsberg. À noter que le dernier représentant mâle de cette espèce est mort en mars 2018. Et si ce genre d’artefacts préfiguraient les zoos de demain…?

Impossible non plus de passer sous silence, les « radioscopies géologiques » de SemiconductorEarthworks, Where shapes come from et 20 Hz. Œuvres déjà éprouvées, mais toujours pertinentes pour les transformations de la matière qu’elles révèlent et matérialisent. De même pour les Jardins cybernétiques de Donatien Aubert qui transfigurent des plantes en les enchâssant dans un dispositif interactif nimbé d’une lumière rouge-violet. L’intention étant de donner à voir comment nos représentations mentales du vivant ont été transformées par la dissémination des technologies numériques dans l’environnement et comment celles-ci en retour, contribuent à le remodeler. Cet environnement qui se dégrade est recréé aussi par Paul Duncombe dans des aquariums où barbotent des végétaux soumis à différents taux de pollution ; radioactive comprise (Éden).

Avec NeoConsortium, on change de démarche et de style. En singeant la communication institutionnelle et d’entreprise, ce mystérieux collectif (?), « leader sur le marché des formes plastiques à grande ubiquité », doté d’un « haut-commissariat à l’enthousiasme politique », d’une « direction des archives dynamiques » et d’une « direction de l’emphase bidirectionnelle », n’est pas sans rappeler les interventions des Yes Men ou d’etoy.Corporation. Au CentQuatre, on découvre leur Moduloform Panoptique. Un module de forme géométrique recouvert de miroirs qui cachent des caméras observant les observateurs… Le « bureau de l’anticipation des désastres » attenant à cette installation nous permet de découvrir quelques autres pièces dédiées, notamment, « aux compagnies pétrolières et à leurs actionnaires » (In Memoriam Petroleum)…

NeoConsortium, Moduloform Panoptique. Photo : © Quentin Chevrier / Nemo

La mégapole de Stanza, construite avec des rebuts informatiques (cartes-mères, cartes graphiques, LEDs, etc.), nous fait penser aux maquettes de cités tentaculaires assemblées avec des piles par Kristof Kintera lors de la précédente biennale. À l’opposé, I Heard There Was A Secret Chord ou les vocalises interactives et collectives proposées par Daily tous les jours nous ont laissé de marbre. Peut-être le choix de casser sa voix sur « Allahlujah », pardon, « Hallelujah » de Leonard Cohen, y est pour beaucoup (ni dieu, ni maître « chanteur »…). Quant au choix des vidéos d’investigations de Forensic Architecture, on regrette que pas une seule ne concerne la France. Tiens donc… Pourtant, ce groupe de recherche multidisciplinaire basé à l’Université de Londres et piloté par l’architecte Eyal Weizman, qui utilise des techniques et des technologies architecturales pour enquêter sur les cas de violence d’État et de violations des droits de l’homme dans le monde, s’est notamment penché sur les morts emblématiques de Zineb Redouane et d’Adama Traoré

Stenza, The Nemesis Machine. Photo : © LD

Si Atotal, la nouvelle création du spectacle musical de Franck Vigroux et Antoine Schmitt est (très) attendue fin novembre, le jour de l’ouverture de cette exposition, quelques sets et performances sont venus titiller nos tympans. À commencer par le ballet de projecteurs synchronisés sur la musique électronique, mentale et expérimentale, de Maxime Houot (Collectif Coin). Dans un registre sonore assez voisin, mais avec un environnement visuel radicalement différent, Alexis Langevin-Tétrault & Guillaume Côté, avec Dave Gagnon pour la vidéo, ont « sévit » avec Falaises. Un live sévère, mais juste… Ryoichi Kurokawa a suivi avec Subassemblies aux visuels très indus ou post-atomiques (friches industrielles, bâtiment en ruines, etc.), baignant dans une ambiance grise, verte et bleutée. C’est Max Cooper qui a conclu la soirée d’ouverture avec Yearning for the infinite (du nom de son album paru sur son label Mesh en 2019). Un set qui a débuté sur des consonances plutôt ambient puis « broken electronica », comme on disait naguère, avant de dériver vers un son plus dancefloor ; dont avait presque perdu l’habitude depuis le début de la pandémie.

Laurent Diouf

Au-delà du réel : révéler l’invisible par les arts numériques, les sciences et les technologies. Exposition jusqu’au 2 janvier 2022 au CentQuatre, Paris.

> https://www.104.fr/
> https://www.biennalenemo.fr/

Sur-Prise du visible

Signe des temps, il y a de plus en plus d’initiatives artistiques pour dénoncer la vidéo-surveillance qui ne cesse d’étendre son réseau et son emprise sur notre quotidien. Une surveillance audio et visuelle à la sophistication exponentielle. En moins de vingt, nous sommes passés des caméras statistiques à la reconnaissance faciale, de l’analyse humaine à l’intelligence artificielle… C’est à cette thématique et problématique qu’est consacrée l’exposition Vidéosurveillance : sur-prise du visible au Lavoir Numérique, à Gentilly. Piloté par Laurent Carlier (le grand timonier du festival Vision’R), cet événement s’inscrit dans le cadre de Nemo (la biennale internationale des arts numériques de la région Île-de-France), à partir du 22 octobre jusqu’au début de l’année prochaine.

© Claire Courdavault

Comme le souligne Laurent Carlier dans sa note d’intention : Œil colonisateur logocentré de la politique de l’identité, avec sa soif d’extraction et d’exploitation de données transformées en marchandises, la vidéosurveillance sert aussi la conception capitaliste du corps essentiellement pris comme force de travail.  La surveillance de masse induit une chasse aux pensées dissidentes et aux modes de vie non-normés et non-rentables. L’acceptation de la capture des corps avec leurs transformations en profils sous-entend une soumission aux déterminismes idéologiques et technologiques.  C’est là le cœur des questions artistiques et éthiques du rapport entre contrôle et confiance, entre identité et altérité, entre innovation et actualisation, entre puissance et pouvoir.  Il y a donc des pratiques qui prennent la vidéo-surveillance par surprise !

© Antoine Mermet

Des pratiques qui multiplient les points de vue, détournements, formes d’expressions et dissonances face aux dispositifs de vidéosurveillance. Démonstration au travers de cette exposition collective rassemblant photographies, projections et installations réalisées par ACHAB, Antoine Mermet, Ceren Paydas, Christof Nüssli, Cynthia Charpentreau, Danielle Baskin, Pierre Cassou-Noguès / Stéphane Degoutin / Gwenola Wagon, Kurt Caviezel, Autodrône (Leïla Chaix), Liad Hussein Kantorowicz, Loopsider, La Quadrature du Net, Oxytocine (Julia Maura), Shinseungback Kimyonghun, Thaddé Comar, Franck Vigroux & Gregory Robin…

> du 22 octobre au 09 janvier, Le Lavoir Numérique, Gentilly
> https://lavoirnumerique.grandorlyseinebievre.fr

© Claire Courdavault

double exposition

Rentrée chargée pour Antoine Schmitt avec deux expositions en parallèle, sans compter ses œuvres que l’on peut encore voir au Havre (La Sprite, dans le cadre festival Un Été Au Havre) et à Poitiers (Cascade Series pour L’Atelier des mémoires vives et imaginaires).

La première, Movement Of The Pixel, est une rétrospective qui se tiendra à la Galerie Charlot, du 8 septembre au 31 octobre. Ingénieur-programmateur, Antoine Schmitt se tourne vers l’art numérique, sous influence de la cinétique et de la cybernétique, à la fin des années 90.

Cette exposition regroupe donc 25 ans de créations d’Antoine Schmitt autour des processus du mouvement. Les œuvres génératives présentées, minimales et abstraites, en perpétuel mouvement, toujours similaires, toujours différentes, incarnent chacune une situation, un système, un mode d’être.

Dans ces oeuvres minimales et abstraites, les mouvements infinis des formes élémentaires, pixels, lignes, carrés […] recréent à l’écran des processus inspirés du réel, des particules élémentaires, des masses du cosmos, des foules d’humains, des noeuds psychiques, des mouvements du corps, ou encore de systèmes issus de théories psychanalytiques, philosophiques, scientifiques, ou sociologiques.

Cette exposition est un aperçu scintillant de ses créations et de sa démarche artistique qui s’étend aussi au-delà, s’incarnant également dans des installations monumentales, des performances, des concerts audiovisuels, en solo ou en collaborations.

La deuxième, Être Machine, présente 4 nouvelles créations au Centre d’Art Les Églises de Chelles, du 11 septembre au 07 novembre. Ici, pas de pixels qui virevoltent sur écran, mais d’étranges appareillages.  

Des sculptures physiques : lumineuses, dynamiques, génératives et/ou interactives de grande taille qui tranchent singulièrement avec l’univers artistique d’Antoine Schmitt. Des machines « émancipées » qui semblent avoir réalisé quelques prophéties de la science-fiction, mais sans sombrer dans le transhumanisme…

Comme le souligne Antoine Schmitt, en introduisant des entités artificielles radicalement autres par leur être au monde propre, cette série d’œuvres propose explicitement des manières différentes d’être vivants dans le monde même que nous habitons, des manières différentes de nous voir nous-mêmes à travers leurs sens, leurs interprétations, leur subjectivité, leurs vécus.

Elles portent un regard sur nous, et cette exposition propose de porter un regard différent sur elles, et par là même porter un regard différent sur le monde et sur nous-mêmes. En ces temps à la fois de replis identitaires et de recompositions de nos rapports au vivant, Être Machine ouvre les possibles d’une altérité encore plus radicale.

> exposition Movement Of The Pixel (rétrospective)
> du 08 septembre au 31 octobre, Galerie Charlot, Paris
> https://www.galeriecharlot.com/

> exposition Être Machine (créations)
> du 11 septembre au 07 novembre, Centre d’Art Les Églises, Chelles
> https://www.chelles.fr/

> Antoine Schmitt
> https://www.antoineschmitt.com/

art, informatique et cybernétique

En 1968, une exposition fondatrice était présentée à l’Institut of Contemporary Arts de Londres par Jasia Reichardt. Intitulée Cybernetic serendipity, cette manifestation mêlait art et cybernétique. Depuis, l’informatique et les nouveaux médias ont changé nos vies. Partant de cet événement originel, l’exposition L’atelier des mémoires vives et imaginaires se propose d’explorer un ensemble de démarches très diverses, depuis la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Réinvention ou détournement de l’objet, travail sur le langage, le code, les algorithmes, etc. […] La scénographie de l’exposition s’inspire des cartes mères et des circuits imprimés, occupant ainsi la totalité de la surface au sol de la chapelle Saint-Louis.

Avec les œuvres de Félix Agid, Asymptote (Lise-Anne Couture & Hani Rashid), Art & Language (collectif), Pierre Besson, Hervé Bezet, Samuel Bianchini (avec Sylvie Tissot), Guillaume Boissinot, Émilie Brout & Maxime Marion, Bernard Calet, Arthur Chiron, Alain Declercq, Ana Ebsen, Esad Talm Angers / D2g, Ezct Architecture & Design Research, Didier Fiúza Faustino, Pierre Jean Giloux, Günter Günschel, Ludovic Houplain (H5), Philippe Hurteau, Paul Kessel, Anne-Sarah Le Meur, Mlav-Land (Maud Lévy & Antoine Vercoutère), Manfred Mohr, Julien Prévieux, Sabrina Ratté, Antoine Schmitt, Laurent Signac (avec  Thierry Pasquier), Jeffrey Shaw (avec Dirk Groeneveld), Wilfried Thierry, Marianne Vieulès, Philippe Untersteller, Liam Young…

> du 01 juillet au 31 octobre, La Chapelle Saint-Louis, Poitiers
> https://www.poitiers.fr/

biennale internationale des arts numériques

La version 2021 de Némo, biennale internationale des arts numériques de la Région Île-de-France est annoncée pour cet automne, jusqu’au tout début de l’année prochaine. Comme les éditions précédentes, cette manifestation affiche une programmation pléthorique (ce n’est pas péjoratif) qui se distribue sur plusieurs lieux — à commencer par le CentQuatre, pivot de cet événement, ainsi que l’ENS Paris-Saclay, l’esplanade de la Défense, le Centre Wallonie-Bruxelles… — et événements associés. C’est Passengers, l’œuvre nomade de Guillaume Marmin qui servira de trait d’union entre les trois principaux pôles de cette édition.

Guillaume Marmin, Passengers. Photo: D.R.

Le sous-titre de l’exposition principale, Au-delà du réel ?, donne le ton : entre science-fiction et exploration de l’invisible, expériences sensorielles et performances sonores, la programmation réunira des artistes qui font œuvre de phénomènes astrophysiques, magnétiques, chimiques, nucléaires, mais aussi sociétaux, économiques, sociologiques et produisent de nouvelles cartographies du « réel » par la matérialisation de l’imperceptible.

Impossible de lister toutes les installations et performances qui sont proposées. On se contentera de signaler La Ligne rouge de Filipe Vilas-Boas & Guillaume Hutzler. Un projet d’augmentation technologique d’une barrière de sécurité qui fonctionne un peu comme un escape game. Atotal, nouvelle création du spectacle musical de Franck Vigroux et Antoine Schmitt dans le cadre d’un week-end Blade Runner. Franck Vigroux sera aussi présent à la Philharmonie de Paris pour Le Grand Soir Numérique aux côtés de Kurt d’Haeseleer, et à la MAC de Créteil pour la conclusion de son tryptique Forêt.

Schnitt, ScanAudience. Photo: D.R.

On notera aussi la conférence performée de Yvain Julliard (Cerebrum, le faiseur de réalité). La performance « magique » du metteur en scène et vidéaste Clément Debailleul (Cie 14:20), (Æon). Dead Center avec l’intervention de Jack Gleeson autour du transhumanisme (To Be a machine). L’incontournable Ryoichi Kurokawa (subassemblies) et, dans un autre registre, le live-set « total » de Max Cooper (Yearning for the infinite) ainsi que la B.O. électronique de la capture et réutilisation des données audio et biométriques du public par le collectif Schnitt (ScanAudience).

> du 9 octobre 2021 au 9 janvier 2022
> https://www.biennalenemo.fr/

cultures électroniques et arts numériques

Le rendez-vous international des arts numériques et des musiques électroniques organisé par Stereolux à Nantes aura lieu du 9 au 19 septembre. Cette 19e édition est portée par Hyper Nature, soit près d’une vingtaine d’installations qui reflètent les préoccupations et actuelles. En premier lieu, l’urgence climatique et les questions liées à l’environnement.

Les plantes sont au centre de plusieurs dispositifs. Au travers de son installation qui mêle vidéo et réalité augmentée, Elise Morin cherche à percer le secret de la résistance à la radioactivité de certaines plantes (Spring Odyssey). Mené en collaboration avec des biologistes de la NASA, que le sujet intéresse en vue de futures conquêtes spatiales au long cours, ce projet se base sur la végétation de la fameuse forêt rouge qui borde Tchernobyl…

Sabrina Ratté a élaboré un conservatoire virtuel où l’on entre-aperçoit des échantillons d’espèces végétales disparues (Floralia). À l’heure où les occidentaux obèses ou végétariens se gavent de spiruline (initialement élaborée pour combattre la malnutrition au Sahel, faut-il le rappeler), l’installation de Cécile Beau intitulée Soleil Vert se passe de commentaires…

Le phénomène des cryptomonnaies est mis en scène par Anna Ridler avec Mosaic Virus qui met en parallèle les données de 10000 tulipes (qui renvoient au premier crash spéculatif de l’histoire au XVIIe siècle aux Pays-Bas) avec les fluctuations du Bitcoin. Justine Emard fait le lien entre les abeilles et la fragilité de notre écosystème avec une installation basée sur un système de machine learning (Supraorganism). Le duo HeHe illustre simplement, mais efficacement, l’asphyxie qui menace notre planète en projetant de la poussière fluorescente sur un globe terrestre en mouvement (Laboratory Planet II).

Barthélemy Antoine-Lœff a recréé en miniature un glacier artificiel (Tipping point). Une illustration de la disparition de celui d’Okjökull, en Islande en 2014 ; premier glacier évaporé suite au réchauffement climatique dû aux activités humaines. L’eau (Laura Colmenares Guerra), la pollution lumineuse (Pepa Ivanova) ou bien encore les mouvements électro-magnétiques (Claire Williams) sont, entres autres, aussi mis en avant.

Pour les performances et le volet musical, on note en particulier la présence de Tim Hecker, Bird Signals For Earthly Survival, Para One, Alex Augier & Heather Lander, High Tone… Ateliers, ciné-mixes, workshops et rencontres complètent cette programmation.

> du 09 au 19 septembre, Stereolux, Nantes
> https://www.stereolux.org/scopitone-2021

quitter la gravité

Si vous n’avez ni le budget, ni l’envie, de vous envoyer en l’air avec Richard Branson, Elon Musk, Jeff Bezos et consorts, vous pouvez néanmoins Quitter la gravité avec l’équipe du Tetris au Havre jusqu’au début du mois de septembre.

Associée à l’Espace multimédia Gantner pour sa 5e édition, cette manifestation est structurée autour d’une exposition collective et 100 % féminine qui regroupe des œuvres de Jingfang Hao, Marie Lienhard, Silvi Simon, Tabita Rezaire, Cécile Babiole, Christina Kubisch, Vivian Caccuri, Linda Sanchez, Félicie d’Estienne d’Orves, Joyce Hinterding…

Comme le titre l’indique, leurs créations interrogent la notion de gravité, d’invisibilité au sens propre comme au figuré, avec des propositions poétiques, politiques et ludiques. Entre art sonore et expérience VR, dispositif symbolique et histoire parallèle, les pièces et installations proposées se jouent des sens et des éléments.

Contexte oblige, les visites sont gratuites, mais nécessite une inscription préalable. Plusieurs formules sont possibles (visite sensorielle, visite contée, visite créative, visite gadget, visite conférence). Des rencontres, des performances (Robert La Rousse), un fablab et des tables rondes sont également au programme.

> jusqu’au 5 septembre, Le Tetris, Le Havre
> https://festivalexhibit.fr/

 
Il fut un temps où l’on parlait d’afro-futurisme. C’était au siècle dernier, au creuset de musiques électriques, de science-fiction et de peinture valorisant l’Afrique moderne ; si ce n’est post-moderne… Cette thématique est toujours d’actualité et s’est enrichie depuis des questions civilisationnelles nées avec le nouveau millénaire (écologie, numérique, etc.). Et l’Afrique offre toujours un point de vue décentré (pour les Occidentaux…) pour questionner l’avenir et les récits du futur. L’écrivaine afro-américaine Octavia Estelle Butler, morte en 2006 en ayant laissé derrière elle des écrits de SF, proposait le terme d’histo-futuriste pour définir quelqu’un qui regarde vers l’avant sans tourner le dos au passé, combinant un intérêt pour l’humain et pour la technologie.

C’est dans cet esprit que la commissaire d’exposition Oulimata Gueye a invité des artistes du continent qui, à partir d’une approche critique de la notion de futur, se demandent de quels savoirs et de quelles histoires nous avons besoin pour imaginer les mondes de demain. Nous avons un aperçu de ces « histoires parallèles » au travers de l’exposition intitulée l’Université des Futurs Africains qui se tient jusqu’au 29 août au Lieu Unique à Nantes, avec DK Osseo-Asare & Yasmine Abbas, Larry Achiampong, Lo-Def Film Factory (Francois Knoetze & Amy-Louise Wilson), Hamedine Kane & Stéphane Verlet-Bottéro, Nolan Oswald Dennis, Tegan Bristow, Nhlanhla Mahlangu, Philisiwe Dube, Russel Hlongwane, Ångelo Lopes & Rita Raínho, Kapwani Kiwanga, Tabita Rezaire, Jean Katambayi Mukendi, Jean-Pierre Bekolo, Afrotopiques (Marie-Yemta Moussanang)…

Pour abolir symboliquement la distance entre le lieu de l’exposition et le continent africain, un espace conçu par les architectes DK Osseo-Asare & Yasmine Abbas est installé au sein de l’exposition. Consacré à la construction d’un savoir commun, il fonctionne comme un lieu utile, un laboratoire, un espace de rencontres, de travail, de performances, une université d’éducation populaire. Cet événement s’inscrit dans le cadre de la Saison Africa2020 pilotée par N’Goné Fall, dont la tenue a été reportée en 2021 à cause de la pandémie de Covid19.

> jusqu’au 29 août, Le Lieu Unique, Nantes
> https://www.lelieuunique.com

Par les rêves…
Le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy – Studio national

Nous n’avons pas fini de rêver. Pour le plus grand bonheur des psy et des artistes. Pour le malheur du temps… Le rêve, ou plutôt les rêves structurent la thématique du 23e rendez-vous annuel de la création du Fresnoy – Studio national qui se tiendra cet automne jusqu’à la fin de l’année. Ce qui vous laisse le temps, justement, de re-lire Le temps et le rêve de JW Dunne…

Gregor Božič, Monuments aux arbres tombés. Installation, 2021. © Gregor Božič

Comme le souligne Olivier Kaeppelin, commissaire de l’exposition, les films ou les installations de Panorama 23, utilisant le dessin comme l’art électronique, la sculpture, comme la réalité virtuelle, la théorie comme la poésie, ne cèdent jamais aux complaisances de l’idéologie, pour mettre en crise le monde avec lequel ils « débattent ». Ils se démarquent des discours rhétoriques et des slogans. Ils se détournent de cette économie du sens pour nous proposer de penser « par le rêve ». Ils côtoient, avec une grande liberté, les utopies littéraires ou scientifiques.

Les propositions artistiques se structurent sur quatre modalités. En premier lieu dans des face-à-face avec la présence humaine [où] le regard suit une ligne horizontale. […] Ils sont présents dans les photos, les dessins, les vidéos, les peintures, les performances ou ils nous échappent déclinés dans de multiples dimensions de l’espace grâce aux créations numériques.

Certaines invitent le regard à se lever sur le lointain. Dans d’autres travaux, la vision s’élève, se perd… C’est l’univers des fosses océaniques, des sonars, des réseaux ou encore de la fascinante matière noire. D’autres encore supposent un présent non-observale, théorique, présupposé par la mémoire des archives, les « datas », les modélisations, le calcul. Il est le fruit d’hypothèses conceptuelles, grâce à des jeux entre des cellules imperceptibles, entre les ondes et les particules. L’intrigue se manifeste par des cartographies, des encodages, des saisies systémiques ou des suppositions mathématiques.

Isabella Hin, Fight or Flight. Film, 2021. © Isabella Hin

Exposition avec Amélie Agbo, Judith Auffray, Guillaume Barth, Moufouli Bello, Olivier Bémer, Younes Ben Slimane, Santiago Bonilla, Ghyzlène Boukaïla, Gregor Božič, Alice Brygo, Emanuele Coccia, Anaïs-Tohé Commaret, Guillaume Delsert, Juliette Dominati, Vincent Duault, Rony Efrat, Elliot Eugénie, Joan Fontcuberta, Faye Formisano, Charles Fosseprez, Dora García, Julián García Long, Vera Hector, Isabella Hin, Che-Yu Hsu, Dorian Jespers, Olivier Jonvaux, Yongkwan Joo, Lina Laraki, Samuel Lecocq, Lefebvre Zisswiller, Lou Le Forban, Gohar Martirosyan, Kendra McLaughlin, Joachim Michaux, Magalie Mobetie, Lou Morlier, Toshihiro Nobori, Daniel Peñaranda Restrepo, Laure Prouvost, Chuxun Ran, Céleste Rogosin, Stéphanie Roland, Anhar Salem, Inès Sieulle, Marie Sommer, Ana Elena Tejera, Guillaume Thomas, Louise Tilleke, Minh Quý Truong,  Janaïna Wagner, Agata Wieczorek, Malte Zander, Yunyi Zhu

Il est précisé que le premier étage de la grande Nef du Fresnoy sera, durant l’exposition un lieu d’ateliers, de lectures, de discussions de convivialité et de partage…

> Panorama 23, le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy – Studio national
> du 24 septembre au 31 décembre, Le Fresnoy, Tourcoing
> https://www.lefresnoy.net/

Daniel Peñaranda Restrepo, Ciuda sin sueño (titre provisoire). Film, 2021. © Daniel Peñaranda Restrepo