From Solastalgia

Nouvelle dynamique collective, nouvelle équipe, même format : le festival accès)s( est de retour avec une 23e édition « naturaliste » et continue de poser un regard interrogateur sur le monde. La programmation nous rappelle que la création artistique ne peut se dissocier des enjeux sociétaux contemporains, qu’elle s’en fait le miroir et parfois, le remède à nos maux.

La thématique emprunte le concept de « solastalgie » au philosophe australien de l’environnement Glenn Albrecht, qu’il définit comme le résultat des « effets cumulatifs des changements climatiques et environnementaux sur la santé mentale, émotionnelle et spirituelle ». En ligne de mire, la peur liée aux changements engendrés par la crise climatique particulièrement ressentie par les jeunes générations.

De cette éco-anxiété naissent des initiatives réparatrices, optimistes et engagées. Le festival accès)s( nous propose donc de tourner nos regards vers des artistes qui, témoins de la scission entre humanité et règne végétal, tentent de la réduire ou de la réparer. Elle nous invite à retrouver de l’empathie envers le végétal, à en prendre soin, à travers les œuvres sensibles et poétiques d’artistes contemporain.es manipulant le numérique sous ses multiples formes.

avec Donatien Aubert, Louise Boisclair, David Bowen, Anne-Charlotte Finel, Yusuf Henni, Hélène Bertin, Anna Kost, Marta López Lázaro, Simon Magimel, Queenie F. Charles, Lauren Moffatt, Élise Morin, Chloé Mossessian, Hank Mittnacht, MoTH, Phauna, PPaulus & Frère, Sabrina Ratté, Sainte Rita, La Satellite, Summer Satana, Célia Truel…

Festival Accès)s( #23
> From Solastalgia
> du 4 octobre au 25 novembre, Pau + Billère
> https://www.acces-s.org/

Nos personnalités multiples à l’ère numérique

Pièce maîtresse de la biennale Némo, l’exposition Je est un autre est visible au CentQuatre à Paris jusqu’au 7 janvier 2024. Comme indiqué dans le sous-titre, cet événement est axé autour de nos clones numériques. Copies, doubles, mutants, avatars, identités factices, technologies de l’égo, quêtes de visibilité, (dis)simulations, emprises, deepfakes, chimères, métamorphoses et univers parallèles : nous vivons désormais dans un monde hyper-technologique mais illusoire avec des personnalités multiples. Démonstrations au travers de vidéos immersives, d’installations interactives et autres œuvres hybrides.

Maxime Houot (Collectif Coin), Ataraxie

Je est un autre ? Évidemment avec ce titre rimbaldien on se perd en conjectures… Quid de l’enfer du coup, serait-on tenté de rétorquer en piètre sartrien… On verra, en attendant ce sont les Portes du Paradis que nous ouvre Marco Brambilla (Heaven’s Gate). Une installation vidéo dantesque. Au sens strict, d’ailleurs, puisqu’elle est inspirée par le Purgatoire de Dante. À l’écran géant, qui fait près de huit mètres de haut, se succèdent en boucle sept tableaux retraçant l’histoire du monde et de l’humanité, du Big Bang à nos jours… Une histoire américaine, cela dit car on y reconnaît des symboles de la conquête de l’Ouest et de Wall Street. Entre autres. Pionnier de l’image numérique ayant œuvré par le passé au cinéma (rayon blockbuster), Marco Brambilla a réalisé des collages pour chacune des époques, empruntant une multitude, justement, de personnages et de monstres à de vieux films hollywoodiens. Le résultat est somptueux et envoûtant.

Autre réalisateur ciné et touche-à-tout de l’image numérique, Ismaël Joffroy Chandoutis qui propose Madotsuki_the_Dreamer. Une installation vidéo « mise en scène » dans une chambre de geek ou apparenté. Créée pour la biennale, cette installation tire son nom de l’héroïne d’un jeu vidéo japonais du début des années 2000, obscur et troublant par rapport aux normes des autres jeux de cette période. Comme sur ce modèle, il est aussi question de rêves sans sortir d’une pièce. Ici ce sont les nombreuses personnalités endossées par un individu et incarnées par écran interposé. Au total, il décline 74 identités factices qui vont de la féministe radicale au néo-nazi en passant, bien sûr, par le jihadiste… Le monde des réseaux finalement…

Lifer Heritage, le projet de Montaine Jean, Clare Poolman, Jeanne Rocher et Etta Marthe Wunsch, nous immerge aussi dans un décor de jeu vidéo. Pourtant, ce n’en n’est pas un. Il s’agit de Second Life ; monde virtuel qui fut paradoxalement « réel » un temps avant de s’évaporer une fois l’engouement pour ses îles retombé au tournant des années 2010. Depuis, il reste quelques avatars errant comme des zombies dans des décors datés et froids, dont le rendu n’a pas évolué depuis. Déserté, ce monde virtuel auquel nous avons tous cru à un moment donné est devenu fantomatique. En nous montrant ces avatars « en quête d’auteur », ce collectif s’est livré à un vrai travail d’archéologie numérique. Est-ce que le nouveau métavers connaîtra le même sort ? On est en droit de se poser la question alors que Meta et les casques VR qui n’existaient pas à l’époque de Second Life n’ont pas (encore) rencontré l’adhésion du plus grand nombre.

Bill Vorn, I.C.U. (Intensive Care Unit)

Il est question aussi de virtuel, plus exactement de mausolées virtuels, avec Frederik Heyman (Virtual Embalming). Composé d’étranges petits tableaux en 3D presque kitsch, ses pièces s’imposent comme des reliques d’un nouveau genre. Frederik Heyman a ainsi virtuellement « embaumé » pour l’éternité, ou presque, trois de ses icônes : Isabelle Huppert, Kim Peers et Michèle Lamy. Après tout, pourquoi pas… On revient sur la vidéo assez horrifique et mortifère, il faut bien le dire, avec Ian Spriggs (Cœus, Prometheus, Ichor, Tetrad). Ses portraits vidéographiques se transforment en écorchés, passant d’un visage lisse, léché, à un monstre anatomique que l’on dirait échappé d’un manuel de médecine avec une netteté saisissante… Et puisque l’on parle médecine, on observera aussi avec délectation les robots de Bill Vorn au bord de l’agonie, en unité de soins intensive (Intensive Care Unit), en repensant au fameux « cri des machines blessées »…

Dans un autre genre, mêlant représentation animale et mécanique, les « moutons électriques » de Jean-Luc Cornec (TribuT) avec leurs têtes et pattes composées de vieux téléphones filaires nous renvoie inévitablement à nos comportements à l’heure des smartphones. De manière un peu plus docte, Donatien Aubert entreprend justement de raconter l’histoire des télécommunications, du morse jusqu’aux intelligences artificielles avec des ordinateurs, des blocs holographiques et un film (Veille Infinie). Enfin, on s’approchera prudemment du container dans lequel défilent, avec les mêmes postures que des mannequins, des personnages boursoufflés et affichant des couleurs pastels (Maison Autonome). Créées par le Collectif Universal Everything, ces entités 3D constituent aussi le visuel de cette édition 2023 de Némo.

collectif Universal Everything, Maison Autonome. Photo: D.R.

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Je est un autre ?
Nos personnalités multiples à l’ère numérique
> exposition au CentQuatre à Paris
> jusqu’au 7 janvier 2024
> https://www.biennalenemo.fr/

Biennale internationale des arts numériques

Némo est de retour en cet automne 2023. Comme les éditions précédentes, la Biennale Internationale des Arts Numériques essaime à Paris et dans toute l’Île-de-France jusqu’au début de l’année prochaine. Plus d’une vingtaine de lieux sont investis pour cette manifestation.

collectif Universal Everything, Maison Autonome. Photo: D.R.

L’inauguration de cette biennale tentaculaire s’est faite au CentQuatre à Paris avec l’exposition Je est un autre ? dont le titre reprend les mots de Rimbaud. Derrière cette assertion, c’est toute une thématique autour des représentations et personnalités multiples que chacun abrite désormais grâce (ou à cause) du numérique.
Copies, doubles, mutants, avatars, identités factices, technologies de l’égo, quêtes de visibilité, (dis)simulations, emprises, deepfakes, chimères, métamorphoses et univers parallèles font désormais partie de notre quotidien.
C’est tous ces « effets miroirs » qui sont mis en scène dans cette exposition au travers de vidéos immersives, d’installations interactives et autres œuvres hybrides conçues par Jean-Luc Cornec (TribuT), Marco Brambilla (Heaven’s Gate), Bill Vorn (Intensive Care Unit), Frederik Heyman (Virtual Embalming), Ian Spriggs (Cœus, Prometheus, Ichor, Tetrad), Donatien Aubert (Veille Infinie), Encor Studio (Alcove LTD)…

Pendant trois mois, d’autres expositions, spectacles, installations, rencontres et performances viendront creuser ce sujet et rythmeront le déroulé de la biennale le temps d’une journée, d’une semaine ou de plusieurs mois. Ainsi jusqu’au 5 janvier à La Capsule, le Centre culturel André Malraux du Bourget, Chen Chu-Yin et Daphné Le Sergent extrapolent autour des DAO (Decentralized Autonomus Organizations) ; en français les Organisations Autonomes Décentralisées. Soit des « communautés internet » formées autour d’un intérêt commun que les deux artistes abordent par le biais de la mémoire artificielle et de l’intelligence collective.

Au Cube de Garges, une exposition collective enterre avec un peu d’avance le monde digital, celui du geste sur nos écrans tactiles, pour nous faire entrevoir le monde de demain, celui des interfaces actionnées par la pensée. Intitulée Cerveau-Machine, cette exposition prévue jusqu’au 16 décembre réunie notamment Memo Akten, Maurice Benayoun, Justine Emard, Neil Harbisson & Pol Lombarte, Mentalista, Adrian Meyer, Julien Prévieux, Marion Roche… Un cycle de projections, deux œuvres de réalité virtuelle réalisées par Mélanie Courtinat et Lena Herzog, un live de Sugar Sugar et une performance audiovisuelle de TS/CN (Panorama) sont également prévus en écho à cette expo.

TS/CN, Panorama. Photo: D.R.

Échantillons de soi est une autre exposition collective autour des « personnalités multiples » qui nous hantent dans le réel comme dans le virtuel et de la pratique d’échantillonnage (son, image). Ou approchant. Les œuvres d’Ines Alpha, Renaud Auguste-Dormeuil, Emilie Brout & Maxime Marion, Grégory Chatonsky, Dasha Ilina, Bettie Nin et Fabien Zocco présentées à La Traverse, Centre d’art contemporain d’Alfortville, brouillent également, pour certaines du moins, la frontière entre sphère privée et monde de l’art.

Au Centre Culturel canadien à Paris, du 7 décembre 2023 au 19 avril 2024, il sera question d’Infinies Variations par le biais des créations de Nicolas Baier, Salomé Chatriot, Chun Hua, Catherine Dong, Georges Legrady, Caroline Monnet, Oli Sorenson, Nicolas Sassoon, Christa Sommerer & Laurent Mignonneau et Timothy Thomasson. C’est le troisième volet d’une trilogie conçue par les commissaires d’exposition Dominique Moulon, Alain Thibault et Catherine Bédard qui explorent, cette fois, la notion de série telle qu’elle se présente dans l’histoire de l’art depuis le XIXe.

Au Bicolore, l’espace culturel et la plateforme digitale de la Maison du Danemark à Paris, sur une thématique voisine (Multitude & Singularité) appliquée aux êtres comme aux technologies, on découvrira des œuvres de Stine Deja & Marie Munk, Jeppe Hein, Mogens Jacobsen, Jakob Kudsk Steensen, Jens Settergren et Cecilie Waagner Falkenstrøm qui reflètent la complexité du monde dans sa version numérique. Aux Gémeaux, Scène nationale de Sceaux, du 8 au 17 décembre, la compagnie Adrien M & Claire B présentera Dernière minute. Une installation doublée d’une expérience immersive qui inclue les spectateurs. Le concept : une minute est étirée sur une demi-heure. La source d’inspiration : le décès d’un père et la naissance d’un fils. Le sujet : l’intervalle, cette fameuse minute, qui précède la vie ou la mort…

Stine Deja & Marie Munk, Synthetic Seduction: Foreigner. Photo: D.R.

Début décembre également, lors de l’Open Factory #7 au CentQuatre, on pourra aussi solliciter Tally, l’apprentie artiste quantique mise au point par Matthieu Poli avec Alexis Toumi et Sven Björn Fi. Cette intelligence artificielle (impossible d’y échapper dans une telle manifestation) utilise les possibilités uniques de l’ordinateur quantique pour composer des œuvres abstraites qu’elle dessine ensuite à l’aide de bras robots. Elle apprend continuellement en intégrant les réactions du public, définissant ainsi une sensibilité artistique propre. Contrairement aux intelligences artificielles génératives classiques qui se contentent de reproduire l’existant, Tally cherche à comprendre en profondeur la structure des œuvres d’art. À voir…

Durant ce trimestre riche en propositions artistiques, on retiendra aussi Lumen Texte, la performance « pour un vidéo projecteur et un plateau vide » du Collectif Impatience au MAIF Social Club à Paris. Chutes, l' »opéra électronique » source d’expérience synesthésique de Franck Vigroux / Cie Autres Cordes à la MAC de Créteil. La nouvelle version d’A-Ronne, le « théâtre d’oreille » conçu par Luciano Berio & Sébastien Roux, proposée par Joris Lacoste au même endroit. Cette pièce sonore explorera les ambiguïtés entre voix et électronique, voix amplifiées ou réverbérées dans l’espace, voix jouées dans le casque ou entendues « à travers » le casque.

On testera Earthscape ou la déambulation philosophique initiée par la Cie Zone Critique, sur un modèle rappelant les dérives situationnistes (en plus sérieux…), qui investira la Scène de Recherche de l’École Nationale Supérieure Paris-Saclay à Gif-sur-Yvette. Sur l’esplanade de La Défense, on retrouvera une autre installation d’Encor Studio, Hemispheric Frontier — un cercle clignotant de néons assez hypnotiques se reflétant sur une surface aqueuse — et la Lune Dichroïque de Jérémie Bellot. Une sorte de grosse boule à facette translucide et colorée. Nourri par la géométrie polyédrique et les arts mathématiques, nous dit-on, ce plasticien et architecte de formation, interroge le rôle de la lumière dans l’espace vécu et dans l’espace perçu à travers des dispositifs audiovisuels immersifs.

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Némo
Biennale internationale des arts numériques
> jusqu’au 7 janvier 2024
> https://www.biennalenemo.fr/

Le mouvement et la lumière, comme l’espace et le temps, ont toujours fait bon ménage sur le plan scientifique et artistique. Preuve en est — si besoin était — au travers d’une expo « grand angle » qui met en perspective des œuvres d’art cinétique, géométrique, optique et numérique d’artistes pionniers, pour beaucoup disparus, et de la jeune génération déjà bien affirmée. Les pièces ne sont pas cloisonnées selon leur époque, ni leur courant, mais dialoguent entre elles selon les procédés utilisés et l’esthétique évoquée. Le public est invité à découvrir plus de 80 œuvres jouant avec le mouvement et la lumière — naturelle ou artificielle — au travers d’un parcours thématique en 6 étapes.

On commence avec « Les Équilibres Naturels » où l’on perçoit non seulement l’espace environnant, mais aussi les forces vitales et invisibles de la nature : aux courants d’air qui animent les mobiles de Calder et Shingu, répondent les mises en tensions électromagnétiques de Takis. Plus loin, Pol Bury semble s’inspirer de la lenteur des poussées végétales pour mettre ses « Ponctuations » en mouvement, tandis que Laurent Debraux et Emmanuel Lagarrigue optent pour une approche hypnotique, que ce soit par le mouvement ou le son. Laurent Pernot prend un chemin plus poétique. Andrea Bowers est sur le registre de l’activisme et Carsten Höller est plus cartésien en utilisant, comme tant d’autres avant lui, la suite mathématique de Fibonacci.

Un hommage est également rendu dans le jardin extérieur à Jesús Rafael Soto avec « Pénétrable BBL bleu », sculpture monumentale et participative que le public est invité à traverser, et 5 autres œuvres représentatives de son travail. Cette couleur — le bleu — réagissant à la lumière blanche souligne la transparence, le volume et le mouvement du mobile sphérique de Julio Le Parc (cofondateur du G.R.A.V., Groupe de Recherche d’Art Visuel, auto-dissout en 1968). Minimalistes ou plus excentriques, « Les Lumières de la ville » sont sublimées par Dan Flavin, François Morellet (autre représentant disparu du collectif G.R.A.V.) et Jenny Holzer.

D’autres jeux de lumière, impliquant « Reflets et Éclats », viennent troubler notre perception de la réalité pour mieux la révéler. Les œuvres miroirs de Haegue Yang, Jeppe Hein, Regine Schumann ou Keith Sonnier fracturent notre espace ou le colorent, tandis que l’absence de reflets dans l’œuvre de Raphael Hefti nous déstabilise. […] Tatsuo Miyajima joue avec la synesthésie, qui porte certaines personnes à associer des couleurs aux lettres ou aux nombres. Félicie d’Estienne d’Orves compose avec des données sur les supernovae… […] Certains artistes explorent l’effet de la lumière sur les matériaux. Elias Crespin décompose les couleurs par la mécanique. Carlos Cruz-Diez les superpose grâce aux rayons lumineux qui traversent sa sculpture. Les matières chez Philippe Decrauzat créent des irisations, soit des décompositions de la lumière à leur surface, ou des effets de moirage chez Miguel Chevalier.

Dans la section de l’expo intitulée « L »Œil du Moteur », ce sont nos yeux qui sont les moteurs des effets optiques des œuvres proposés par Grazia Varisco, Nino Calos, Martha Boto, Hugo Demarco, Victor Vasarely, Iván Navarro ou Chul-Hyun Ahn qui nous aspirent dans des profondeurs de miroirs et de néons… Ces « Hypnoses Géométriques » peuvent aussi reposer « simplement » sur le contraste entre le noir et le blanc pour créer des images rémanentes – c’est-à-dire la persistance rétinienne d’une sensation après la disparition de sa cause – qui animent et font vibrer les formes géométriques simples qu’ils utilisent. […] L’apparente simplicité des œuvres cinétiques est trompeuse. Les carrés et les cercles souvent utilisés se multiplient ou se déforment pour nous plonger dans un mouvement comme chez Marina Apollonio ou Francisco Sobrino, une profondeur chez Antonio Asis et Joël Stein […] et se déclinent en couleur, avec Yaacov Agam, Ueli Gantner, Cesar Andrade, Siegfried Kreitner et Luis Tomasello ou en lumière chez Angela Bulloch. …

Mouvement et Lumière #2
> jusqu’au 1er novembre, Fondation Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue. Entrée libre.
> https://fondationvilladatris.fr/fondation-villa-datris/exposition/

installations numériques et exposition en déambulation nocturne

L’association Fées d’Hiver que l’on connaît pour son Parcours des Fées — un circuit d’art in situ sur un sentier de randonnées — est également à la manœuvre de la Folie Numérique. Un espace de création artistique participatif et collaboratif dédié aux arts numériques qui organise Les Folies Numériques. Une biennale d’arts numériques dans les Hautes-Alpes, à Champ Rond, sur son lieu historique de résidence pour présenter ses récentes productions. Après quelques années de pause pour cause de Covid, l’édition 2023 accueille 12 installations lumineuses, sonores ou visuelles à découvrir lors de déambulations nocturnes sur trois soirées, les 11, 12 et 13 août.

Parmi les œuvres qui émaillent ce parcours : le Vortex Incandescent de Scenocosme (Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt). Une œuvre interactive qui prend la forme d’un polyèdre dont chaque face réagit à la présence et à la distance des visiteurs par une vibration lumineuse et sonore. Les « flammes lumineuses » de ce polyèdre se prolongent également au niveau des montants extérieurs. La présence évolutive des publics autour génère un ensemble de vibrations dynamiques. Fidèle à ses techniques de détournement et de dynamitage des codes et du langage administratif et entrepreneurial, et des techniques de marketing électoral, Le Büro Des Renseignements (Yragaël Gervais & Sarah Grandjean) invite le public à poser des questions météorologiques, animalières, métaphysiques, médicales ou divinatoires au travers d’une étrange machine, La Station Magnétique.

Pour son installation Ka-Ra-Son, Florian Carro met en résonnance des carafes qui changent de couleurs selon la hauteur du son généré par un dispositif fixé sur leur goulot. Deux programmes musicaux se succèdent et pilotent les résonateurs régis selon le principe de Helmhotz… Pour cette édition, Florian Carro a réalisé une autre installation sonore baptisée Cadavre Exquis. Cette pièce reprend le principe du jeu d’écriture initié par les surréalistes en 1925. Plusieurs pavillons et cornets, disséminés dans une pièce, invitent le spectateur à venir tendre l’oreille afin de s’y faire susurrer quelques cadavres exquis réalisés par un algorithme. Ils pourront aussi venir enregistrer leurs propres mots auprès d’une borne prévue à cet effet, afin d’étoffer le dictionnaire de l’algorithme.

Qui dit déambulation, dit silhouettes… Claudine Meyer, Florent Colautti et Erik Lorré ont installé une trentaine de mannequins filiformes dont la texture en treillis laisse passer la lumière (Procession Silencieuse). Ces structures lumineuses interagissent avec leur environnement et les passants. En solo, Florent Colautti s’amuse avec des diapasons au travers d’un dispositif qui fait appel au champ magnétique pour impulser des oscillations (Le Spectre Des Attractions). De son côté, Erik Lorré a mis en scène un étrange ballet sonore qui fait évoluer 50 parapluies ! Inspiré du Jeu de vie inventé par le mathématicien John Conway, cette installation s’intitule Singin’ In The Rain, mais on peut y voir aussi un clin d’œil aux manifestants Hong Kongais de la « révolution des parapluies » en 2014. Cet alignement est programmé pour simuler une sorte de comportement collectif, voire compulsif

Pour son Manège mimétique, David Coignard du collectif Insuto utilise lui aussi un parapluie. Posé sur une platine vinyl et couplé avec un projecteur vidéo, il agit comme une sorte de lanterne magique ayant pris au piège des hommes et des femmes qui essaient vainement d’atteindre le centre de cette installation. Quant à Frédéric Alemany, il nous donne à entendre la vie qui grouille dans un vivarium (Biotopie). Les insectes, vers et autres bestioles produisent des sons qui déclenchent des animations 3D projetées sur les racines filaires de l’installation…

Les Folies Numériques
> du 11 au 13 août, Champ Rond
> http://folie-numerique.fr/festival.htm

En marge du festival d’Avignon, Le Grenier à sel — lieu culturel dédié à la rencontre entre art et innovation — propose un forum dédié aux professionnels sur le thème « spectacle vivant et scènes numériques ». Il est vrai que le théâtre, en particulier, semble un peu figé dans ses problématiques de mise en scène, de décor ou de lumière ; ou du moins, ne pas faire preuve de beaucoup de synergie avec la culture digitale qui irrigue pourtant la création artistique depuis des décennies maintenant.

Les tables rondes qui se succèderont deux jours durant, les 12 et 13 juillet, posent clairement les enjeux : Le théâtre à l’âge du métavers, Scènes hybrides et virtuelles, de nouveaux challenges pour les lieux de diffusion, Explorer les nouvelles dramaturgies avec les technologies immersives, Motion capture : quels usages pour la scène ?, Fabriquer et produire un spectacle XR, Spectacle vivant et technologies, vers des communs numériques ? (avec Eli Commins, directeur du Lieu Unique, Hanna Lasserre, directrice du projet Panthea, et Mathias Chelebourg, CEO de l’Atelier Daruma)…

En parallèle, du 7 au 24 juillet, cette quatrième édition d’Aires Numériques propose 4 événements répartis chacun sur quelques jours. En premier lieu, E.Motion : l’extraordinaire métamorphose. Conçu par la Cie Underground Sugar (Axel Beaumont & Julie Desmet Weaver). Un spectacle en motion capture, en temps réel avec marionnettes numériques 3D. Le pitch : une petite fille, passionnée par les sciences, s’évade dans des visions du monde infiniment petites et infiniment grandes. Elle imagine l’évolution des êtres vivants dans 3000 ans… Une performance est également prévue autour d’une machine qui transpose nos messages en langage floral (L’Éloquence des fleurs). Au cours de la représentation, on pourra observer les missives envoyées se transformer en sculptures de pistils et de pétales ou même en memento mori sous forme de pollen

La Cie Fheel Concepts présentera The Ordinary Circus Girl. Un spectacle qui associe réalité virtuelle et théâtre immersif. Une expérience sensorielle et participative qui nous plonge au cœur de l’univers onirique du cirque contemporain. La Compagnie Atropos nous embarque dans une comédie policière sur l’Intelligence Artificielle avec Qui a hacké GaroutzIA ? Le scénario a été écrit par trois experts de l’IA. GaroutzIA est un chatbot domestique : serviable, efficace, adaptatif. Sa propriétaire, Aurline, autrice de romans à l’eau de rose, est frappée d’Alzheimer. Elle supplie GaroutzIA de garder ses souvenirs dans sa mémoire numérique. Mais ceci est contraire aux lois de la robotique : GaroutzIA doit être réinitialisé à chaque nouveau propriétaire et tout oublier du précédent. Tout se bouscule lorsque son nouveau maître est assassiné…

Aires Numériques #4
> spectacles du 07 au 24 juillet
> forum les 12 et 13 juillet
> Le Grenier À Sel, Avignon
> https://legrenierasel-avignon.fr/

Festival Immersif

Premier festival dédié à la création artistique en réalité augmentée et aux innovations culturelles immersives, Palais Augmenté, revient pour une troisième édition avec pour thème commun l’avatar, les corps virtuels et leur rapport aux corps physiques, politiques et sociaux.

Ce festival, initiative de Fisheye et de la Rmn – Grand-Palais, a pour ambition de dresser un véritable état des lieux des innovations technologiques liées à la culture.

Au programme cette année, un parcours d’œuvres inédites en réalité augmentée créées par des artistes internationaux (Tobias Gremmler, Lu Yang, Liu Bolin, Salomé Chatriot) et accessibles depuis vos smartphones, une exposition immersive (Ines Alpha, Romain Gauthier, Sam Madhu, Kami), des expériences interactives numériques dans des espaces appelés “labs” et une agora publique, abordant des thématiques liées à la création numérique contemporaine.

> du 23 au 25 juin, Grand Palais Éphémère, 2 place Joffre, Paris
> Smartphone + application dédiée + casque nécessaire.
> Réservation obligatoire.
> https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/palais-augmente-3

Saluons la naissance d’une nouvelle revue en ligne : .able. Cette plateforme éditoriale gratuite est exclusivement dédiée à du contenu visuel. Films, animations, photographies, rendus architecturaux, storyboards, schémas, photoromans, visualisations de données, bandes dessinées ou de documents scientifiques, l’image sous toutes ses formes est ici au service de véritables essais où le texte est secondaire, accessoire.

Ces publications sont à l’intersection des arts, du design et des sciences et traitent des questions actuelles (climat, économie, technologie…). À destination d’un large public, les propositions sont examinées par un comité de lecture. La revue .able étant multisupports, les contributions doivent être scroll.able, pan.able, zoom.able, story.able ou video.able… Les contributeurs sont invités à choisir un de ces formats pour optimiser leurs créations selon le réseau privilégié (@ablejournal > Instagram, Facebook, Twitter, LinkedIn, Vimeo, YouTube).

.able est conçu comme un numéro unique et sans fin, mis à jour à chaque nouvelle contribution. Parmi les premiers projets visibles : petrification (Emile de Visscher & Ophélie Maurus), Ozu in 2.5D (Ho Tzu Nyen & Clélia Zernik), imprimer la lumière (Mette Ramsgaard Thomsen, Guro Tyse, Martin Tamke & Aurélie Mosse), a world that contains many worlds (Francesca Cozzolino & Kristina Solomoukha), 1,001 handshakes (François-Joseph Lapointe), alchemy of color (Jean-Marc Chomaz & Olga Flór), seeing beyond the frame(s) (Francesco Sebregondi & Emile Costard) Rêve quantique (Virgile Novarina, Walid Breidi & LABOFACTORY), clinique vestimentaire (Jeanne Vicerial et Mécatronique Mines ParisTech).

Placée sous la responsabilité de Samuel Bianchini, artiste et enseignant-chercheur, .able a été initiée par la Chaire arts & sciences de l’École polytechnique, l’EnSAD (École nationale supérieure des Arts Décoratifs) – Université Paris Sciences & Lettres (PSL) et la Fondation Daniel & Nina Carasso ; et bénéficie de nombreux partenariats avec des écoles et universités internationales.

> https://able-journal.org/

bestiaire utopique

À mi-chemin entre robotique low-tech et sculpture sonore, le collectif Tout reste à faire (Mathieu Desailly, Vincent Gadras, David Chalmin) propose un étrange bestiaire. Des insectes géants composés à partir d’éléments de vieux instruments de musique (accordéon, harmonium, clavecin, ukulélé…) qui sont recyclés et réagencés. anima(ex)musica réunit une dizaine de créatures : sauterelle, méloé, scolopendre, cigale, doryphore, cloporte, punaise, scarabée…

Ces créatures mécaniques, qui présentent un aspect steampunk avéré, sont rendues mobiles et animées. Leurs mouvements imitent la discrétion des insectes et se présentent sous forme de micro-déplacements, de vibrations, d’ondulations… Chacune fait l’objet d’une composition musicale dont l’orchestration renvoie aux instruments ayant servi à sa fabrication. Chaque spécimen est doté d’une partition. Leur chant est déclenché par l’intrusion des spectateurs dans son espace et contribue à l’inquiétante étrangeté de la rencontre.

Alors que leur modèle dans la nature sont minuscules, ces reproductions mécaniques surprennent aussi par leurs dimensions. Citant Darwin, le collectif insiste sur ce point : s’il était possible d’imaginer un mâle Chalcosoma avec son armure de bronze poli et ses encornures complexes qui aurait la taille d’un cheval ou simplement celle d’un chien, il deviendrait l’un des animaux les plus impressionnants de la planète.

Cela fait maintenant près de dix ans que ce projet a été initié. Le bestiaire s’est agrandit progressivement. Il est présenté aux Champs Libres à Rennes selon une scénographie qui évoque les alvéoles d’une ruche. Cela permet de présenter trois points de vue différents de l’exposition à savoir : une vision dite souterraine, une vision au sol et une vision aérienne, reproduisant ainsi les trois niveaux possibles des biotopes propres aux insectes. Dernier né, un grillon sera finalisé durant le temps de cet événement, au cours de 3 séances d’atelier. Visible gratuitement jusqu’au 3 septembre, anima(ex)musica sera ensuite présentée à la Cité de la Musique – Philharmonie à Paris jusqu’au début de l’année prochaine.

anima(ex)musica
> du 14 avril au 3 septembre, Les Champs Libres, Rennes
> https://www.toutresteafaire.com/
> https://www.leschampslibres.fr/

Useful Fictions.3 Symbiose(s

L’École des Arts Décoratifs (EnsAD), Polytechnique et la Fondation Daniel & Nina Carasso sont à l’origine de la Chaire arts & sciences qui propose la biennale Useful Fictions — en partenariat avec Hexagram, SIANA, Télécom Paris, UQAM École de Design, Factory (Arts Sciences Citoyens), Le Théâtre de la Ville. Un appel à candidatures est lancé afin de permettre à une trentaine de personnes d’intégrer les Labs Thématiques qui rythmeront cet événement. 

La Chaire arts & sciences a pour vocation de faire dialoguer enjeux citoyens, monde universitaire et pratiques artistiques, pour explorer l’interdépendance à nos environnements vivants et technologiques.

Cette troisième édition de Useful Fictions se propose d’explorer le potentiel des imaginaires symbiotiques en concevant des variations technologiques et biologiques sur le thème du commun, afin d’appréhender ce qui se joue dans les interstices et le pouvoir de transformation de l’intelligence collective.

Useful Fictions se tiendra fin juin sur le campus de l’Institut Polytechnique à Palaiseau et sera suivi d’un week-end d’exposition-restitution les 1er et 2 juillet au Théâtre de la Ville à Paris (actuellement à l’Espace Pierre Cardin). L’appel à candidatures pour cette école d’été est ouvert à toute personne motivée et curieuse, sans condition d’âge ni de diplôme.

Au total, une trentaine de candidats seront retenus pour s’investir pendant une semaine dans l’un des 6 laboratoires de recherche-création encadrée par des artistes, designers et scientifique. Dans un esprit DIY, les candidats seront invités à réaliser un dispositif, une forme artistique hybride ou un prototype autour d’objets connectés, du phytomorphisme, de l’artificialité réactive, du machine learning, de l’aléatoire, de l’éphémère ou bien encore du wokisme…

Useful Fictions.3 Symbiose(s)
École d’été arts-design-sciences
Candidature > formulaire
Date limite de candidature > 17 avril à midi
Résidence du 26 au 30 juin, IP Paris – Palaiseau
Exposition-Restitution les 1er et 2 juillet, Théâtre de la Ville
Contact > chaireartsetsciences@gmail.com
Information > https://chaire-arts-sciences.org