Radiant : un univers phosphorescent

Des faisceaux laser blancs qui tournent et laissent des traces qui s’estompent lentement sur un panneau vert phosphorescent : Radiant, la nouvelle installation de HC Gilje sera visible à Stereolux jusqu’au 23 juin. Cet artiste d’origine norvégienne actuellement basé à Berlin, connu pour ses vidéos expérimentales (Cityscapes), installations lumineuses et lives A/V (notamment avec le collectif 242.pilots) livre ici un dispositif hypnotique à interprétation multiple.

Cette exposition est une première…
En effet, c’est ma première exposition personnelle en France; même si j’ai présenté avant une autre installation, In Transit X, à Marseille en 2017 dans le cadre du festival Chroniques. Auparavant, j’ai aussi fait quelques projections dans différents lieux en France, notamment à la Cinémathèque et au Centre Pompidou suite à mon contact avec l’éditeur vidéo Lowave qui a réalisé mon DVD Cityscapes en 2005.

Quelles vos sources d’inspiration pour Radiant et la manière dont les différents éléments s’articulent ?
J’ai commencé par réfléchir sur l’idée d’extinction, de croissance et de déclin; ainsi que sur la manière dont les plantes se nourrissent de la lumière. Et bien sûr, sur le laser dont la lumière est plus intense que les rayons du soleil et les pigments phosphorescents, ces matières naturelles qui capturent la lumière et la restituent lentement sous forme de lueur verte (à l’époque de Galilée, on appelait ça des éponges solaires). Radiant s’articule aussi autour de la question du temps et de la vitesse avec les éclairs intenses du laser qui contrastent avec la lente dissolution de leurs traces sur la matière phosphorescente. Il se passe des choses intéressantes dans cette superposition de traces, dans ces dessins où l’on peut voir les empreintes de multiples passages mêlées à d’autres, plus récents. Cela matérialise aussi différentes échelles de temps, de durées selon la terminologie de Bergson, qui coexistent à la surface du panneau.

Comment cet aspect de l’installation sera perçu ?
Pour le public, je pense que cela fonctionnera aussi de multiples façons, à différentes échelles (macro et micro). On peut aussi bien se projeter à l’échelle de l’univers ou subatomique.

Dans leur conception, vos installations sont imaginées comme des « conversations dans et avec l’espace ». Est-ce que Radiant fonctionne sur le même principe ?
Habituellement, je commence avec l’exploration de l’endroit où je vais concevoir une installation. Je prends le temps de l’explorer, je viens avec tout mon matériel, je teste et j’improvise systématiquement en cherchant à amplifier et transformer l’endroit. Pour Radiant, c’est différent. À l’inverse, j’ai fabriqué un grand panneau carré pour le light painting avant, sans vraiment penser à l’espace dans lequel il allait prendre place. Ce panneau pour Stéréolux fait 3,6 mètres de côtés. Mais de toute façon, une installation est transformée par le lieu dans lequel elle est présentée, et inversement elle a le pouvoir de transformer l’espace dans lequel elle est proposée. Évidemment cela diffère selon qu’elle est présentée dans environnement assez brut, comme au Kraftwerk durant le festival Berlin Atonal, ou dans un espace plus sophistiqué, comme un mur circulaire de projection lors d’une manifestation artistique en Norvège. Sinon, le faisceau laser blanc étant assez intense, les ombres qui en résultent et le rendu dans l’espace sont relativement similaires à celles de mes autres installations lumineuses.

Pour l’inauguration de l’exposition, la présentation de Radiant sera suivie d’une performance : comment s’articulera-t-elle par rapport à cette installation ?
La base matérielle de l’installation et de la performance est plus ou moins la même, c’est la structure qui diffère. La performance doit générer une expérience intense, captivante pour le public, tandis que l’installation est plus méditative. Radiant a été conçu au départ comme une installation qui est à la fois un espace et un état à expérimenter. Et je l’ai toujours pensé comme une boucle temporelle à cause de la superposition des traits de lumière qui créent constamment de nouvelles images. Le temps d’une performance live n’étant pas circulaire, cela change radicalement l’expérience que l’on en fait. D’autant qu’un live set est plus une expérience commune, publique, tandis qu’une installation s’éprouve plutôt seul ou avec peu de personnes. Et bien sûr, le live set implique une bande-son créée en temps réel. Pour Radiant, j’utilise le son mécanique que produisent les miroirs laser. Le son est amplifié et diffusé sur des haut-parleurs, mais aussi enregistré et réinterprété pour créer nouveaux sons (simultanément aux visuels). En fait, pour cette performance à Stéréolux, ce sera la première fois où j’utiliserai ce processus sonore. Pratiquement toutes mes autres lives A/V sont différents puisque ce sont des collaborations et improvisations avec d’autres musiciens ou artistes visuels, alors que Radiant Live est une performance très contrôlée, avec une structure fixe et un espace donné pour développer des variations.

Quelques mots sur vos autres projets…
J’ai récemment créé une installation lumineuse dans un cadre spécifique, en l’occurrence quatre pièces interconnectées à l’intérieur d’une galerie. Cette création s’intitule Red White Black et consiste en deux rangées de LEDS qui suivent les contours des pièces et des portes. L’une émet des pulsations de lumières blanches dans une direction, l’autre de la lumière rouge en direction opposée. C’est très simple, mais cela crée une dynamique dans le lieu, un jeu d’ouverture et de fermeture, de révélation et de dissimulation, l’espace s’étend, se contracte, se tord et s’effondre. Probablement une de mes créations favorites ! Sinon, une pièce très différente, mais qui a été la plus montrée ces dernières années : Barents (mare incognitum). Une installation vidéo avec des vues de la mer de Barent qui tournent lentement. Cela a été filmé à la frontière de la Norvège et de la Russie avec une caméra que j’ai bricolée et pointé vers le Pôle Nord. C’est un de mes nombreux travaux liés à mon engagement dans la série de projets Dark Ecology initiés par Hilde Mehti et Sonic Acts dans la zone frontalière russo-norvégienne. Mon film Rift provient également de cette initiative. Il combine ma passion pour le réalisateur expérimental Len Lye et ma préoccupation envers la longue durée de vie du plastique. Il faisait partie du programme Vertical Cinema qui proposait des films expérimentaux en 35mm projetés verticalement. Speiling est le dernier de cette série de réalisations. Une forme organique colorée est projetée sur un parterre réfléchissant, créant ainsi un espace dynamique lumineux. Actuellement, je travaille sur deux projets assez différents : une installation dans une cavité stalactique d’une vieille forteresse qui sera présentée en août et une série d’installations, prévues pour l’année prochaine dans un espace « normal », où je me donne comme chalenge de travailler à la fois avec la lumière, le son et le mouvement.

propos recueillis par Laurent Diouf

Photos: D.R.

HC Gilje, Radiant, installation du 02 au 23 juin 2019, Stereolux, Nantes.
https://www.stereolux.org/agenda/hc-gilje-radiant
http://hcgilje.com/

TIME MACHINE : la tentation de Venise

Pia MYrvoLD est de retour à Venise dans le cadre du Off de la Biennale qui, d’édition en édition, s’affirme comme place forte d’un marché de l’art où la création numérique et les nouveaux médias ont désormais pleinement droit de cité. Son exposition TIME MACHINE s’inscrit dans le cadre de Take Care Of Your Garden une série de manifestations initiées par le GAD (Giudecca Art District).

Pia MYrvoLD, Performance Time Machine. Photo: D.R.

Près de 8 ans après avoir été une des première à avoir présenté une œuvre multimédia à la biennale de Venise (cf. Flow – work in motion), Pia MYrvoLD propose une nouvelle version de ses installations luminueuses baptisées #LightHackSculptures. Chaque sculpture, conçue en partie avec des matériaux de récupération, est unique et trouve sa forme définitive selon la configuration du lieu où elle est installée.

Imposants, ces totems enchevêtrés et luminescents prendront place dans les murs de la Fabbrica H3 di SerenDPT. L’ossature de ces sculptures est simple, une échelle ou un élément d’échafaudage. C’est la base d’un assemblage sur lequel se greffe un entrelac de cables et quelques réflecteurs, des parapluies photo, parfois des écrans qui affichent des stris pixélisés et surtout des boîtiers de couleurs vives. La lumière jailli de nombreuses sources (spots, fibres, etc.), transformant ces installations en phare pour aliens…

L’espace, la lumière et, bien sûr, le temps. Intitulée TIME MACHINE, cette exposition ne fait pas référence à une machine à voyager dans le temps, mais plutôt à une machine à produire le temps. Un temps digital, découpé, multiplié, sériel. Mais aussi espace « hors temps », en opposition à l’injonction temporelle permanente auquelle nous soumet notre société numérisée. Les #LightHackSculptures de Pia MYrvoLD se perçoivent sous plusieurs dimensions et sont une invitation à reconsidérer notre rapport aux multiples gadgets chronophages qui nous entourent. Deux performances accompagneront cette exposition.

Pia MYrvoLD, Performance Time Machine. Photo: D.R.

La première, Extended Reality, renouvelle le questionnement sur la réalité virtuelle que Pia MYrvoLD a déjà beaucoup explorer au travers d’œuvres interactives sur écran et en 3D (Art Avatar, Métamorphoses du Virtuel, Transforming Venus). Naviguant autour de l’installation, une danseuse vêtue d’une combinaison aux motifs ésotériques — et au visage caché par un masque aux ramifications lumineuses (élément que l’on retrouve sur les sculptures) — se déplace avec des mouvements incertains, comme si elle évoluait dans un univers virtuel ou dans les limbes de visions générées par notre troisième œil… L’idée étant aussi de réintroduire de l’humain et la magie dans la boucle. De réenchanter le monde.

La deuxième performance, The Sumerians on Holiday, nous entraîne encore plus loin. Dans le passé de Pia MYvorLD d’une part, puisqu’elle renoue ici avec ses premières interventions dans le monde de la mode, à l’orée des années 90s, en concevant des vêtements hybrides qui font appel aux nouvelles technologies au-delà de leur conception. Dans le passé de l’humanité d’autre part, puisque ce mélange de technologies futuristes et de savoirs anciens cristallisés dans ces vêtements hybrides fait écho à la civilisation sumérienne, matrice de l’écriture. Aux mythes que cette civilisation disparue suscite, dont les derniers signes énigmatiques peuvent être réinterprétés à l’aune de la théorie des anciens astronautes…

Laurent Diouf

Pia MYrvoLD, TIME MACHINE, du 7 au 30 mai 2019, Fabbrica H3 di SerenDPT (ex Chiesa SS Cosma e Damiano), Vaparetto: Palanca Guiedecca, Venise.

Pour son édition 2019, le festival itinérant Sonic Protest (Paris/Banlieue/Province) reprend son chemin prosélyte de divulgateur de musiques étonnantes, avec cette année encore à l’affiche parisienne quelques pointures comme Dylan Carlson (Earth), Lydia Lunch / Marc Hurtado, France et Shit & Shine, mais aussi quelques artistes/projets moins connus comme Schtum ou Anna Zaradny.

Blenno Die Wurstbrücke. Photo: D.R.

Printemps social ou printemps viral, Sonic Protest reprend imperturbablement son chemin de pèlerin chaque année avec un parcours itinérant toujours prêt à emprunter bien des chemins de traverse musicaux. Festival sans œillères, Sonic Protest reste fidèle à ses antiennes : les deux journées/soirées des Rencontres internationales autour des pratiques brutes de la musique investiront les Chapiteaux Turbulents du 17ème derrière les formations-clés Les Harry’s et Reynols ; les musiques improvisées trouveront accueil au Théâtre de Vanves avec le batteur Han Bennink ou le guitariste Jean-François Pauvros (en compagnie de la musicienne et écrivaine autiste Babouillec) ; les musiques électroniques impromptues aux consonances low-tech, hypnotiques, post-punk hybride et circuit bending s’inviteront dans quelques lieux propices comme La Station Gare des Mines (avec notamment Peür et Humbros) ou L’Échangeur de Bagnolet (Société Étrange).

Le théâtre de l’Est parisien sera d’ailleurs le terrain de jeu de nombreuses propositions piochant au carrefour du noise/rock (Lemones, The Coolies), des musiques traditionnelles (les Statonells, Lahcen Akil & les Chaâbi Brothers), mais aussi du folk/blues/punk avec l’étrange cow-boy texan Jandek aux faux-airs de Michael Gira. Le site sera d’ailleurs rejoint cette année dans cette prise de position musicale et géographique aux marges (de Paris), par sa voisine-sentinelle du Cirque Electrique, qui accueillera entre autres lors de la soirée de clôture Dylan Carlson de Earth en mode solo, les anciennes égéries no wave new yorkaises UT ou le manipulateur bruitiste Blenno Die Wurstbrücke.

Anna Zaradny. Photo: © Grzegorz Mart

Au rayon des curiosités, le concert des iconoclastes Shit & Shine, et de leur mélange de rock psyché et de weird beats dans le cadre (supposément) cosy du Mona Bismarck American Center risque de laisser quelques trous dans le parquet, d’autant plus que c’est le jeune duo de guitares électriques en mode résonances vibratoires Schtum qui ouvrira le bal. Au rayon des incontournables, l’Église Saint-Merry sera bien entendu à nouveau convoquée pour porter sur ses fonds baptismaux quelques-unes des prestations angulaires de cette édition 2019. Outre la première Française de la pièce pour orgue Occam XXV, écrite par Éliane Radigue pour Frédéric Blondy de l’Onceim — orchestre expérimental habitué des lieux avec le festival Crack —, la transe électrique et chamanique du trio France, et la réunion vitupérante de Lydia Lunch et Marc Hurtado (ex-Étants Donnés) pour une relecture des morceaux de Suicide et Alan Vega, c’est le concert de la compositrice électronique polonaise Anna Zaradny, qui y sera particulièrement attendu, avec une interprétation forcément redimensionnée en termes de diffusion de sa pièce majeure Go Go Theurgy.

Laurent Catala

Sonic Protest, du 22 mars au 6 avril, Paris, Banlieue, Ailleurs…
> http://www.sonicprotest.com

Lorsque l’on évoque l’hybridation entre la science du vivant et l’art à l’ère du numérique, il ressort immédiatement un nom : Eduardo Kac. Avec ses manipulations transgéniques « empruntées » à l’INRA qui rendent un lapin vert fluorescent, il est devenu le symbole du bio-art; sans que l’on mentionne par ailleurs les interrogations et controverses liées à une telle collusion… Eduardo Kac figure, bien évidemment, dans le tableau mis en exergue de l’exposition La Fabrique Du Vivant, présentée au Centre Pompidou.

Une sorte de galerie de l’évolution de la création artistique liée aux biotechnologies qui, dans un panoramique vertigineux, relie Mary Shelley (Frankenstein) et les biohackeurs qui proposent désormais des kits de modification génétique. Cet historique affiché rappelle aussi l’existence de précurseurs, telle Marta de Menezes qui réalise en 1999 une œuvre basée sur des manipulations morphogénétiques sur les ailes d’un papillon vivant. Ces balises remettent en perspective les pièces, récentes pour la plupart, présentées par les commissaires de l’exposition, Marie-Ange Brayer et Olivier Zeitoun.

À rebours de ce que l’on pourrait supposer, les dizaines de créations rassemblées pour cette exposition ne reposent pas toutes à 100% sur des protocoles high-tech. Certaines ne font que s’inspirer du design, des structures et de la texture du vivant. À l’image des AguaHoja Artifacts de Neri Oxman & The Mediated Matter Group accrochés à un mur comme des trophées. Avec leurs nervures, ces échantillons de matériaux biodégradables « forgés » par imprimante 3D ressemblent à des mues de serpents…

La plupart des pièces, cependant, font appel à des composants, des procédés ou des propriétés issus du monde organique, végétal ou animal. L’utilisation de biomatériaux permettant de jouer sur la lumière, la couleur… de concevoir des objets capables d’évoluer (!) et de répondre à l’exigence écologique de notre époque… d’ouvrir d’autres champs à l’innovation… Émanant d’artistes et de travaux de laboratoires, l’exposition s’articule sur 4 volets : Modéliser le vivant, Programmer le vivant, Ingénierie de la nature et Nouvelles matérialités.

Parmi les réalisations, citons notamment la lampe bioluminescente du designer Joris Laarman qui intègre des cellules de lucioles et est, de fait, un objet « semi-vivant » (Half Life Lamp). Dans un registre voisin, des algues sont à la source du fonctionnement de la lampe biocomposite d’Alexandre Echasseriau (Akadama) et de l’installation bioluminescente de Daan Roosegaarde (Glowing Nature). Prisonnières dans des boîtes de Petri où leurs propriétés (bioréceptivité, biophotovoltaïque, bioremédiation) sont misent en valeur, ce sont encore des algues qui sont utilisées par Bio-ID alias Marcos Cruz & Brenda Parker (Robotically extruded algae-laden hydrogel).

Des algues et des semences servent aussi de traceurs à Allison Kudla pour dessiner via une bio-imprimante 3D un paysage basé sur un algorithme de croissance végétale appliqué au développement urbain (Capacity for (Urban Eden, Human Error)). Les champignons sont également très prisés pour les propriétés du mycélium qui permet, par exemple, de souder de petites briques et d’élaborer des structures complexes et imposantes comme celles conçues par l’architecte David Benjamin (studio The Living), ou de fabriquer des objets comme des chaises par sédimentation et impression 3D (Mycelium Chair du studio Klarenbeek & Dros).

Même principe pour le projet XenoDerma développé par l’équipe de l’Urban Morphogenesis Lab qui utilise la soie de toiles d’araignée contrainte dans des armatures géométriques. Cette mise à contribution « forcée » est aussi appliquée aux abeilles dans la série Made By Bee de Tomáš Gabzdil (Studio Libertiny). Comme d’autres artistes pratiquant l’api-sculpture (Ren Ri, Stanislaw Brach, Luce Moreau, etc.), Tomáš Gabzdil préforme le cadre de l’activité des abeilles qui se font designers à leur insu et conçoivent ainsi des formes et des objets en cire selon la matrice fournie; ici en l’occurrence des vases (The Honeycomb Vase).

Sonja Bäumel & Manuel Selg ont choisi de s’intéresser aux bactéries colportées par l’homme (Metabodies). C’est la croissance et le « langage » de ces bactéries, que chacun héberge sur sa peau, qui sont rendus visibles grâce à l’ajout de GFP; la fameuse protéine verte fluo qu’utilise aussi Eduardo Kac. Rappelons qu’il a aussi injecté de l’ADN extrait de son sang dans une fleur (Edunia). Dans le genre, Špela Petrič injecte des hormones extraites de son urine dans le tissu embryonnaire d’une plante qu’elle place ensuite dans des sortes de couveuses où l’on peut observer l’évolution de ces chimères (Ectogenesis: Plant-Human Monsters).

Mais la pièce la plus surprenante est peut-être celle d’Amy Karle au titre plus qu’évocateur : Regenerative Reliquary. Là aussi, on observe au travers d’une sorte de bocal le squelette 3D d’une main, reconstitué à partir de cellules souches déposées sur une armature en matière biodégradable. Dans l’absolu, même si le temps d’une exposition reste trop peu important pour en mesurer pleinement les variations, cette relique futuriste se développe et donne l’impression, à terme, d’une croissance millimétrée et maîtrisée…

La Fabrique Du Vivant marque le troisième volet de Mutations / Créations, manifestation annuelle du Laboratoire de la création et de l’innovation du Centre Pompidou — auquel se rattache aussi la monographie de l’artiste brésilienne Erika Verzutti — et se parcourt aux sons de l’installation du compositeur Jean-Luc Henry, Biotope. Par intervalle, surgissent comme des cris d’animaux dans une jungle imaginaire et d’autres bruits incertains… Un dispositif interactif réagissant en fonction des visiteurs de l’expo; fruit d’un partenariat avec l’Ircam, comme le forum Vertigo qui réunit des universitaires, scientifiques, artistes et ingénieurs.

Au menu de ces rencontres art / science qui auront lieu du 27 au 30 mars, une présentation de projets réalisés dans le cadre des STARTS Residencies, programme européen de résidences artistiques liées à l’innovation technologique, un colloque (Composer avec le vivant), des tables rondes et débats avec des universitaires, chercheurs, ingénieurs et artistes autour des problématiques du design en science, de la modélisation du vivant, des biomatériaux, du génie génétique… En bonus, des concerts associés le 28 mars siglés Ircam Live qui verront notamment Robin Rimbaud alias Scanner qui réinterprétera Mass Observation (à l’origine, un album techno-ambient / electronica expérimentale paru, après ses premières captures de conversations, en 1994 sur Ash International et récemment réédité en version extended).

Laurent Diouf
Photos: D.R.

> La Fabrique Du Vivant, exposition du 20 février au 15 avril, Galerie 4 – Centre Pompidou, Paris
> Forum Vertigo, colloque, débats et concerts, du 27 au 30 mars, Centre Pompidou, Paris
> https://www.centrepompidou.fr

sur la terre comme au ciel

C’est une nouvelle descente aux enfers que nous proposent les artistes multi-médias Gast Bouschet & Nadine Hilbert. Vidéo en noir et blanc, musique crissante et entêtante, décor évanescent : une partie du Centre des Arts d’Enghien est ainsi le terrain d’expérience d’une étrange ré-interprétation de l’œuvre de Dante. Gast Bouschet & Nadine Hilbert ont opté pour le froid et le sombre, plutôt que le feu et le rougeoiement des abîmes infernaux : leur pièce maîtresse, Cocytus Defrosted qui offre succession d’images spectrales, est allégorie du neuvième cercle de l’Enfer de Dante; celui où les damnés sont emprisonnés dans la glace…

À l’étage, Laura Mannelli, architecte et artiste, complète cette exposition avec une série d’installations et une déambulation virtuelle. Les différents cercles et paliers de la Divine Comédie étant déjà des métavers… Co-réalisé avec Frederick Thompson (Revv Studio) et Gérard Hourbette (récemment disparu, co-fondateur du combo Art Zoyd), Near Dante Experience est donc un projet immersif qui « mixe » la Divine Comédie et les manifestations de ce qu’il est convenu d’appeler les expériences de mort imminente (en anglais, near death experience). Laissez votre corps derrière vous et laissez vous guider par la lumière au bout du tunnel…

Laurent Diouf

As Above So Below / sur la terre comme au ciel : exposition avec Gast Bouschet & Nadine Hilbert + Laura Mannelli, Centre des Arts d’Enghien, jusqu’au 30 décembre
> http://www.cda95.fr/fr/content/above-so-below-sur-la-terre-comme-au-ciel

Explorons les cultures numériques

Scène de Musiques actuelles du Havre, le Tetris est porté par une équipe qui a toujours su croiser plusieurs disciplines artistiques, à commencer par la vidéo. L’année dernière, une exposition intitulée Smart Factory qui questionnait le rapport de la création artistique face aux machines et au numérique. En cet été 2018, le Tetris récidive sur un format plus conséquent. Baptisé Exhibit !, cet événement propose une exposition, des conférences, des ateliers au sein d’un fablab et une boutique éphémère.

L’exposition, co-produite avec le festival Accès)s( de Pau, a été confiée à Charles Carcopino qui a choisi pour thématique le paysage; sujet et élément central de l’histoire de l’art. Mais ici, au regard justement des nouvelles technologies, il sera question de Paysage-Fiction. Plastiques, visuelles ou interactives, les œuvres rassemblées forment une série de récits. Comme le souligne Charles Carcopino, les artistes nous offrent des visions tantôt naturalistes et sensibles, tantôt scientifiques et mathématiques où coexistent technologies et natures. La nature devenant « technologique » et la technologie se dissimulant dans des approches « naturelles ».

Parmi les artistes invités, on retrouve notamment le collectif HeHe avec Absynth, conçu en collaboration avec Jean-Marc Chomaz (Ladhyx) ainsi que Jean-Philippe Renoult et Dinah Bird pour le son. C’est un diorama qui nous plonge au cœur d’une forêt recréée, dans une ambiance très « rencontre du 3e type » avec ses halos de lumière verte fluorescente. On redécouvre aussi La couleur des nuages grâce au dispositif de Fabien Léaustic qui s’est, par ailleurs, attaqué au mur de la salle d’expo pour en révéler les entrailles visqueuses… (Exsurgence).

On mentionnera l’étrange vivarium de Claire Isorni qui semble renfermer un ver des sables (Dune). Laurent Pernot joue également sur des illusions mécanique et optique (La Fenêtre et Tenir la mer). À l’opposé, optant pour un mécanisme d’une simplicité enfantine, Bertrand Lamarche nous immerge dans une atmosphère dense et mystérieuse (Map). En extérieur, la nuit, Olivier Ratsi a souligné et épuré les angles et lignes de fuites des conteneurs qui structurent le Tetris, nous renvoyant aux paysages filiformes qui s’affichaient sur les premiers écrans d’ordinateur. D’autres installations monumentales jalonnent la ville du Havre dans le cadre de cette manifestation; dont celles de Michel de Broin (La maîtresse de la Tour Effeil) et Alice & David Bertizzolo (Hydrosphère(s)).

Laurent Diouf

Exhibit ! Explorons les cultures numériques
Jusqu’au 02 septembre, le Tetris, Le Havre.
> http://letetris.fr/

automata

Bientôt 20 ans, 19 pour être précis : le festival Elektra affiche l’insolence de la jeunesse en célébrant cette année le corps. Corps électrifié, mécanisé, augmenté, connecté… Empruntant son intitulé Automata – Chante le corps électrique au poète Walt Whitman, cette édition 2018 se tiendra du 26 juin au 1er juillet à Montréal (Canada / Québec). Chaque soir, le public sera amené à découvrir des performances A/V, en première mondiale et nord-américaine pour la plupart.

On retrouvera notamment avec plaisir la nouvelle performance des frères Décosterd alias Cod.Act, πTon. Dans la lignée de leurs précédentes créations, il s’agit d’une structure mécanique et ondulante ressemblant cette fois à un énorme lombric qui semble échappé d’un monde extraterrestre et avec qui un personnage équipé d’un attirail que ne renierait pas le capitaine Nemo entame un dialogue ponctué de borborygmes et d’étranges incantations.

Autres retrouvailles : Alex Augier, pour l’occasion en compagnie de l’artiste visuelle Alba G. Corral. Musicien électronique adepte des performances AV, Alex Augier proposera end(O). Une œuvre poétique et immersive spécialement conçue pour le dôme de la SAT (Société des Arts Technologiques). Jouant inlassablement avec les mots, l’écriture et la lecture qu’il déconstruit et reconstruit, Anne-James Chaton sera aussi du rendez-vous avec Some Songs.

Dans l’esprit de ses pairs japonais (Ryoji Ikeda, Ryoichi Kurokawa, etc.), muni de data gloves couplés à huit synthétiseurs audiovisuels, Chikashi Miyama tracera des lignes et des courbes atomisées qui ressemblent aux visualisations en noir et blanc des accélérateurs de particules (Trajectories). À découvrir, dans un autre registre, NSDOS, qui allie tatouage et musique électronique (Tattoo Hacking)

Outre quelques événements et expositions satellites, les 28 et 29 juin aura lieu en parallèle à Elektra la 12e édition du MIAN. Ce Marché International d’Art Numérique plutôt à destination des professionnels (producteurs, curateurs, galeristes, journalistes, directeurs de festivals, etc.), mais ouvert au public, sera l’occasion d’interventions et de conférences entre les artistes et les différentes acteurs du secteur, de présentations de nouveaux projets et de réflexions autour des arts visuels et des nouvelles technologies, de tables rondes sur le devenir de l’art numérique.

Enfin, également dans le prolongement du festival et de sa thématique corporelle, à partir du 29 juin jusqu’au 5 août, aura lieu la 4e édition de la BIAN (Biennale Internationale d’Art Numérique). C’est dans ce cadre que sera proposée Automata, l’exposition phare d’Elektra 2018 qui sera pilotée par Peter Weibel, directeur du ZKM (le célèbre centre d’art et de technologie des médias de Karlsruhe), en tant que commissaire invité.

Au programme de cette exposition, on découvrira des œuvres qui combinent projection vidéo et dispositif robotique, expérience immersive et réalité virtuelle, sculpture numérique et installation multimédia. Les fameux bras robotiques de l’industrie automobile étant emblématiques de ce détournement artistique.

C’est le cas de l’installation Over the Air de TeamVOID & Cho Young Kak qui propose un « tracé » indexé selon les données des indices de la qualité de l’air. Version futuriste, mais un futur pas forcément radieux malgré des intentions louables (soulager les contraintes chronophages de la garde d’un enfant), Addie Wagenknecht propose d’utiliser ce genre d’infatigable prothèse mécanique pour bercer un landau (Optimization of Parenting, Part 2).

L’autre axe de cette exposition tourne autour de l’art du portrait. Une antienne artistique qui voit sa pratique renouvelée et surtout transfigurée grâce aux possibilités qu’offrent, par exemple, les capteurs pour brosser un portrait pixellisé en temps réel. Une expérience que pourront tester les spectateurs au travers de trois installations interactives : Portrait on the fly de Christa Sommerrer & Laurent Mignonneau, Darwinian rotating lines mirror ainsi que Wooden mirror de Daniel Rozin.

Laurent Diouf

Elektra, Festival international d’art numérique, du 26 juin au 1er juillet, Montréal
BIAN, Biennale Internationale d’Art Numérique, du 29 juin au 5 août, Montréal
MIAN, Marché International d’Art Numérique, du 28 au 29 juin, Montréal
> https://www.elektrafestival.ca/

Elektra 2018

Human Future

La 10ème édition des Bains Numériques, la biennale internationale des arts numériques d’Enghien-les-Bains, se déroulera du 14 au 17 juin sous la bannière Human Future. Une thématique qui amène à réfléchir sur l’homme dans l’urbanité de demain.

Au programme des parcours, installations, expositions, performances, laboratoires, ateliers et concerts qui mêleront art, sciences et société. Avec comme point d’ancrage le Centre des Arts d’Enghein, les Bains Numériques investiront plusieurs lieux et espaces publics. Le ton sera donné dès l’ouverture avec IA, une chanteuse virtuelle matérialisée sous forme holographique qui donnera un live (Aria) où se conjuguent mapping et interaction en temps réel.

Yoichiro Kawaguchi y présentera son univers des formes, fluctuant et chatoyant, comme une plongée subaquatique. On retrouvera à ses côtés des artistes comme Miguel Chevalier (Extra Natural, un jardin virtuel multicolore et luminescent), Eduardo Kac (Télescope intérieur, un œuvre kaléidoscopique conçut en collaboration avec l’astronaute Thomas Pasquet pour son séjour à bord de l’ISS).

Bill Vorn sera également présent avec ses Hysterical Machines, de même que Stelarc, autre pionnier de l’art robotique qui se met en scène avec des prothèses et exosquelettes. On y verra également un dialogue chorégraphique entre une danseuse et un petit robot (Cie Shoenen / Eric Minh Cuong Castaing, Lesson of moon).

Dans un autre genre, impossible d’aborder cette problématique du corps à l’aune futuriste dans croiser ORLAN qui lance une pétition contre la mort (que les transhumanistes rêvent de repousser, si ce n’est d’abolir…). En prime, le 3e volet des aventures de son avatar Bump-Load dans une scénographie très jeu vidéo.

Parmi les autres artistes présents, mentionnons aussi Vitalic (pour un set sur la scène flottante du lac), Maurice Benayoun (Emotion forecast), Catherine Ikam & Louis Fléri (avec deux portraits composés de nuages de points qui s’assemblent et se désassemblent), Philippe Boisnard (une expérience poétique, graphique et philosophique), N+N Corsino (deux navigations chorégraphiques interactives).

Enfin, au cœur de la biennale, une compétition internationale. Un concours avec remise de prix (format bien dans l’air du temps…) dont l’objectif affiché est de révéler, soutenir et accompagner des projets artistiques situés à la marge des disciplines traditionnelles avec une sélection d’installations et de performances autour de trois catégories : arts visuels, human future et arts vivants.

Laurent Diouf

> Bains Numériques, entièrement gratuit
> du 14 au 17 juin, Enghien-les-Bains
> www.bainsnumeriques.fr

bains numériques 2018

Opération Phoenix pour le festival Electron… Après quelque temps d’incertitude, ce rendez-vous des cultures électroniques de Genève se métamorphose pour sa 15ème édition. Auparavant concentré sur le week-end de Pâques, le festival se dédouble (19-21 et 26-28 avril) et en profite pour investir d’autres quartiers et lieux de Genève. Et la programmation s’affiche volontairement clubbing, en prenant comme modèle revendiqué la scène berlinoise.

 

Pour autant, l’affiche reste éclectique, mêlant figures totémiques et artistes à découvrir, ainsi que des représentants de la scène locale. Et s’il y a bien de nombreux tenants d’une techno/house très festive, d’autres formations œuvrent de manière plus anguleuse, tissent des rythmiques hypnotiques, développent des ambiances plus sombres. Ce qui nous réjouit.

Pour s’en convaincre définitivement, cédons aux joies du name-dropping : Argonaute, Blacknox (aka Gérôme Nox + Black Sifichi), Cocoon, DBridge, Detroit Swindle, Digitalis, DJ Lilocox, Exos, Floating Points, ItaloJohnson, James Ruskin, Joris Voorn, Joy Orbison, Kevin Saunderson, Laurel Halo, Mark Broom, Mike Huckaby, Mimetic, Monoloc, Pangaea, Prosumer, Rødhåd, Terence Fixmer, Tin Man…

Du passé, le festival Electron a gardé l’idée d’une exposition transversale. Cette année, c’est l’équipe d’Optical Sound, emmenée par Pierre Beloüin qui met en exergue la comédie et les dérives du monde de l’art, tout en montrant en contrepoint d’autres alternatives, d’autres hybridations, au travers de conférences, workshops, danse et performances…

Electron, festival des cultures électroniques de Genève
> du 19-21 + 26-28 avril, Genève (Suisse)
> exposition The Sun Ain’t Gonna Shine Any More, du 5 au 19 avril
> https://www.electronfestival.ch/

L’appel à candidatures pour une résidence au Japon à la Villa Kujoyama en 2019 est ouvert.

L’Institut français, partenaire historique de MCD,  conduit son programme de résidence ouvert aux artistes numériques à Kyoto au sein de la prestigieuse Villa Kujoyama. Tous les champs de la création numérique sont concernés et invités à concourir.

Construite en 1992 par l’architecte Kunio Kato sur la montagne d’Higashiyama à Kyoto, la Villa Kujoyama est un lieu d’échanges interdisciplinaires et a pour vocation de renforcer le dialogue interculturel entre la France et le Japon.

Les résidents sont appelés à nouer des relations de travail avec les milieux professionnels, universitaires, artistiques et culturels de Kyoto, de la région du Kansai et de l’ensemble de l’archipel. Pour ce faire, ils peuvent s’appuyer sur l’équipe de la Villa et sur le réseau culturel français au Japon constitué avec la Villa des 6 antennes de l’institut français du Japon (Fukuoka, Kyoto, Osaka, Tokyo, Yokohama), des 4 Alliances françaises (Nagoya, Sapporo, Sendai, Tokushima), et d’un Institut de recherche (Tokyo).

La Villa Kujoyama est un établissement de l’Institut français du Japon. Elle bénéficie du soutien de la Fondation Bettencourt Schueller qui en est le mécène principal, et de l’Institut français.

La Villa Kujoyama : un accueil en résidence de créateurs français et japonais, dans toutes les disciplines à travers trois dispositifs :

·         En Solo : un candidat français ou étranger résidant en France depuis au moins 5 ans présente un projet de recherche et de création.

·         En Binôme : deux candidats français ou étrangers résidant en France depuis au moins 5 ans présentent un projet commun.

·         En Duo : un candidat français ou étranger résidant en France depuis au moins 5 ans en collaboration avec un candidat japonais résidant au Japon présentent un projet commun.

Une quinzaine de projets seront sélectionnés pour des périodes de 2 à 6 mois entre janvier et décembre 2019, selon les dispositifs suivants :

·         En Solo : 3 à 6 mois

·         En Binôme : 2 à 3 mois

·         En Duo : 2 à 3 mois

Information et dépôt de candidature : http://www.institutfrancais.com/fr/actualites/residences-la-villa-kujoyama-appel-candidatures-2019