Le Centre Des Arts d’Enghien-les-Bains accueille la première édition des Rencontres ArTeC initiées par l’École Universitaire de Recherche ArTec affiliée à l’UPL (Université Paris Lumières). Comme son nom l’indique, cet événement propose des conférences, projections, expositions et performances à la confluence de l’art et des technologies du numérique. Le programme étalé sur deux jours, les 5 et 6 novembre, est dense.

Nombre d’interventions, sous forme de conférence ou de performance, présentent des projets et études encore à l’œuvre. Parmi ces nombreux works in progress qui seront mis en avant, il sera question notamment de La transformation de l’enseignement en art, de La fluidité du photographique, des rêves filmés par la Société psychanalytique amateur (Dreams Films, The Amateur Coney Island Psychoanalitic Society), des Temps profonds du cinéma expérimental, de virtualité et de création (Research presence, haptic creativity and virtual togetherness ; VR auditory space)…

> 05 et 06 novembre, Centre des Arts, Enghien
> http://eur-artec.fr/2019/

quel corps pour le futur ?

Comme d’autres formes d’expression, la danse contemporaine a rejoint depuis longtemps l’art numérique. Le projet transdisciplinaire Eve 2050 initié par la compagnie Corps Secrets d’Isabelle van Grimde transcende cette synergie avec les nouvelles technologies. Cette création implique les spectateurs grâce à des dispositifs interactifs permettant de capturer le mouvement, transformer des textures et éléments de décor, moduler le son et manipuler des images en temps réel. Décliné à l’origine en vidéo (une web-série en 5 épisodes) et prenant également la forme d’une installation, le spectacle Eve 2050 est une invitation à réfléchir sur la condition humaine et son « à venir » en mettant en jeu, en scène, des corps réels, augmentés, modifiés et/ou virtuels dans une ambiance de futur proche, très proche… Entretien avec Isabelle van Grimde.

Est-ce que l’idée d’une trilogie, d’un triptyque, s’est décidée dès le départ ou est-ce que cela s’est imposé au fil du développement du projet ?
Le projet était au départ un feuilleton web… Mais très rapidement nous avons exploré la possibilité d’une installation et en même temps d’une œuvre pour la scène.

Est-ce que vous pouvez résumer la trame narrative de cette mini-série — les pérégrinations et transformations que subit Eve 2050 ?
Il n’y a pas à proprement parler de trame narrative, en danse on est plus proche de la poésie… Mais la websérie par son esthétique cinématographique et l’apport du réalisateur Robert Desroches touche par moments à une forme de narration… Tous les interprètes qu’ils soient féminins, masculins, de tous âges et origines sont Eve ; donc l’histoire est multiple… Dans ORIGIN on aborde les nouveaux rituels de naissance, de mort et de reproduction, dans TRANSFORM on aborde la fusion avec la machine, dans HYBRID on aborde l’idée d’augmentation par hybridation avec d’autres espèces vivantes, végétales, animales ou bactériennes (en ce sens nous sommes déjà hybridés puisque plus de la moitié des cellules de notre corps ne sont pas humaines et près de 99% des gènes de notre corps sont bactériens également…). Enfin dans SAPIENS on aborde la possibilité de la scission de l’humanité en trois espèces : les cyborgs, les hybrides et les sapiens qui refusent l’augmentation ou la transformation ou ne peuvent se la permettre par manque de moyens…

Concernant l’installation : quel est le principe et fonctionnement de ce dispositif qui peut, si j’ai bien compris, être proposé comme simple installation ou comme dispositif avec des danseurs ?
L’installation propose aux visiteurs une expérience complètement immersive et interactive, tant au niveau visuel que sonore. Elle est composée de trois panneaux en plexi équipés de smartfilm, ce qui permet de contrôler leur degré d’opacité ou de transparence. Chacun des panneaux est équipé d’une  »sensebox ». Conçue par le designer d’interaction visuelle Jérôme Delapierre, chaque sensebox contient plusieurs types de caméras (infrarouges, kinects…), un ordinateur et un projecteur.
Sur les deux côtés des panneaux sont projetées des images déconstruites et retravaillées de la série web dans lesquelles les visiteurs ou les performeurs peuvent s’inscrire grâce aux caméras. Dans certains cas il n’y a pas de contenu de la websérie, mais les images des visiteurs ou performeurs sont transformées en temps réel pour leur donner une temporalité différente ou pour les faire apparaître par exemple en pointcloud ou sous des formes plus abstraites. Les données recueillies par les caméras sont aussi utilisées pour transformer le son en temps réel. La composition de Thom Gossage est déconstruite à travers l’espace et reconstruite en temps réel par les visiteurs ou les performeurs qui déclenchent ou transforment des sons grâce à un dispositif créé par le designer d’interaction sonore Frédéric Filteau.
Trois sculptures de l’œuvre Family portrait de Marilene Oliver ont été intégrées à l’installation. Il s’agit des corps scannés de l’artiste, de sa mère et de sa sœur reconstruits par couches d’imagerie médicale gravées en cuivre sur plexi. Une table lumineuse provenant de notre exposition Le corps en question(s) complète l’Installation. Si on assiste à une performance (d’une durée de 30 min), on découvre grâce aux actions des interprètes, tout le potentiel d’interaction de l’Installation. Mais on peut aussi la visiter en dehors des performances et la découvrir de façon intuitive. Pendant les performances, l’installation est programmée dans le temps avec des contenus visuels et sonores et des concepts interactifs qui évoluent pendant les trente minutes.

Au sens strict, la scène est une « incarnation » de ce projet avec la présence physique de danseurs : quelles sont les différences par rapport à la web-série ?
Les danseurs sont présents physiquement aussi dans l’installation. Chaque partie du triptyque permet d’aborder des facettes différentes de la thématique, c’est ce qui fait son intérêt pour les créateurs. Chaque forme engage aussi le spectateur différemment : de façon plus individuelle avec la websérie que l’on regarde sur son téléphone, tablette ou ordi. C’est une expérience très immersive dans l’installation qui met en jeu le corps du spectateur… Dans l’expérience scénique, le public est captif, l’histoire se déroule dans le temps et dans l’espace devant eux… D’une forme à l’autre, on ajoute des couches de matériel chorégraphique et de sens… J’ai déjà parlé plus haut des thèmes abordés dans la websérie, ils restent présents dans l’installation, mais les frontières entre la virtualité et la réalité y sont beaucoup plus poreuses. On est dans les changements de perception du corps. On y aborde l’idée de transcendance des genres, âges et origines, la création d’identités plus fluides… Dans l’œuvre scénique on aborde l’IA, la notion d’algorithmes qui nous régissent, l’hyperconnectivité, la cohabitation des intelligences humaines et artificielles, la survie numérique, la transformation de nos architectures neuronales, l’avènement d’Homo Deus et la possibilité d’un monde sans nous…

Sur scène, comment avez vous « négocié » la ligne de partage entre le vivant et le virtuel ?
Il y a ambiguïté, fluidité avec des moments de contrepoint où on fait ressortir la physicalité, la présence vivante du corps, même au sein d’immenses images… Curieusement, l’œuvre scénique est aussi très immersive bien qu’on ait choisi un dispositif à l’italienne et je crois que cela provient du changement d’échelle donc, par moments, les corps se fondent aux images vidéo et deviennent très virtuels, mais on a aussi beaucoup de contrepoints, de contrastes où on revient à l’échelle humaine. Ces allers-retours entre l’humain et la virtualité et l’IA sont d’ailleurs au cœur de ce que je cherche à livrer dans l’œuvre scénique…

Concernant le dialogue, l’interaction, avec les spectateurs : concrètement, quelles sont les réactions, comportements et imprévus que vous avez pu constater ?
La websérie semble avoir vraiment conquis le public. Esthétiquement elle suscite de l’admiration, du point de vue du contenu elle intrigue et amène de nombreux questionnements. Dans l’installation un des enjeux est le partage de l’espace entre les interprètes et les visiteurs, du point de vue technologique, cela nous a amené de gros défis de programmation… Quand tout le monde est dans l’espace, qui va déclencher l’interaction ? Cette question de proximité avec les interprètes et de partage de territoire s’est révélée très intéressante, du point de vue des comportements des visiteurs qui varient énormément, dépendamment des mots utilisés avant qu’ils ne pénètrent dans l’espace de l’installation, et aussi du point de vue du design, de l’affordance. Au-delà de ça, l’installation est un espace enchanté par une technologie presque invisible, les gens sont émerveillés… À l’heure où je réponds à vos questions, la première de l’œuvre scénique n’a pas encore eu lieu…

Est-ce que vous tenez compte justement de ces réactions ? Est-ce que ce « feedback » alimente — ou pourrait alimenter — la forme et la narration du projet ?
Inévitablement, consciemment ou inconsciemment, tout le feedback nous influence, mais pour des questions de logistique et de temps il aura probablement plus d’impact au moment où on remonte les œuvres ou sur les créations à venir…

Justement, et sans forcément dévoiler vos prochains projets, est-ce que vous réfléchissez déjà sur d’autres technologies à mettre en œuvre (au propre comme au figuré) ?
Nous explorons la possibilité de créer un jeu de réalité virtuelle Eve 2050. Mais dans le cadre de ma prochaine création, je réfléchis aussi à une approche plus  »curated », plus minimale et très spécifique de l’utilisation des technologies…

La danse et le spectacle « vivant » en général sont entrés dans l’ère numérique, mais à côté vous ne perdez pas pour autant de vue les sciences dites « humaines » et « sociales » : quelques mots sur ce complément nécessaire, sur cette synergie ? 
Pour moi la technologie est avant tout un outil qui me permet de créer avec des moyens ancrés dans mon temps, mais ce qui nourrit profondément ma création c’est la transdisciplinarité, les échanges avec les scientifiques, qui ont été particulièrement présents depuis une douzaine d’années tant au niveau de la génétique, la recherche en cellules souches, la biologie et les neurosciences, que la physique quantique et tout ce qui a trait à l’exploration de la nature de la réalité…
Mais mes échanges avec des historiens, anthropologues, critiques d’art et artistes me permettent effectivement de continuer à questionner le rôle de la technologie dans la société, dans l’évolution de notre espèce et de garder un esprit critique. Mais en fait je n’ai jamais été particulièrement attirée ou adepte de la technologie, ce qui peut sembler étonnant quand on voit mon travail de ces dernières années. On m’a proposé un premier projet en 2006 que j’ai finalement accepté en 2008… À travers ce projet et les suivants, j’ai constaté que l’intégration de la technologie était intéressante pour mon travail et qu’il y avait aussi une certaine inévitabilité… mais j’ai développé une philosophie de la technologie au service de l’art, et non le contraire. Je conserve un regard plus critique que jamais sur la technologie…

propos recueillis par Laurent Diouf

Cie Van Grimde Corps Secrets, Eve 2050. > https://vangrimdecorpssecrets.com

Première à l’Agora de la Danse, du 8 au 11 octobre, espace Wilder, Montréal (Québec / Canada) > https://agoradanse.com

D’un soleil à l’autre

Alors que l’on a célébré cet été le cinquantenaire d’Apollo 11, du fameux petit pas de Neil Amstrong, et plus largement de la conquête spatiale, le thème de cette 19e édition du festival Accès)s( était tout trouvé : D’un soleil à l’autre.

Sur le substrat des utopies techniques, de la littérature d’anticipation, du cinéma de la science-fiction, comment les artistes explorent-ils aujourd’hui les ressorts culturels et les nouvelles formes de notre imaginaire spatial à l’aune de ses plus récents projets de conquête ?

Autour de scénarios impliquant l’intelligence artificielle, la robotique ou la culture du vivant, quels récits font les artistes des « bulles spéculatives » qu’incarnent l’exploration de ces mondes inconnus et le défi de colonisation d’une nouvelle Terre ?

Éléments de réponse sous l’égide de Charles Carcopino, commissaire invité — au travers de conférences, projections, performances, séances d’écoute, nuits electro, installations et d’expositions — avec Hugo Deverchère, Étienne Rey & Wilfried Wendling, Félicie d’Estienne d’Orves, Nicolas Montgermont, Daniela de Paulis, Véronique Béland, Bertrand Dezoteux, Poté, Le Matin, Voiron, Sentimental Rave

> du 10 octobre au 7 décembre, Pau
> https://www.acces-s.org/

Biennale des arts numériques

La cuvée 2019-2020 de Nemo se démultipliera sur 4 mois (du 3 octobre au 9 février), dans 40 lieux à Paris et dans toute l’Île-de-France. Comme les précédentes éditions, la Biennale des arts numériques englobe d’autres manifestations, dont CURIOSITas, le festival Arts & Science de l’Université Paris-Saclay (du 7 au 17 novembre), et le festival Bruits Blancs (du 21 novembre au 7 décembre). Au total, ce sont près de 80 événements — concerts, expositions, performances, conférences… — qui seront proposés par Gilles Alvarez et l’équipe du CentQuatre.

Il faut bien tout cela pour tenter de répondre à la question existentielle qui porte cette édition : le genre humain est-il appelé à disparaître ? Le champ est vaste… Les éléments de réponse aussi puisque les œuvres, spectacles et rencontres évoqueront l’intelligence artificielle, l’apprentissage exponentiel des machines, les réalités augmentées et virtuelles appliquées à la vie quotidienne, la « main invisible » des datas, l’homme « augmenté » et toutes ses qualités et fonctions qui dans le même élan seront diminuées, de la Singularité qui nous est promise, du post-humanisme, du transhumanisme et du post-anthropocène

Impossible de détailler le programme tant il est riche, mais on signalera notamment, parmi les artistes qui essayent d’écrire l’histoire du futur au présent, Jean-Benoît Dunckel, Jacques Perconte, Guillaume Marmin, Joël Maillard, Julien Desprez & Kasper T. Toeplitz, Marco Donnarumma & Margherita Pevere, knowbotiq, Dominique Koch, Lawrence, Alex Augier & Alba Corral, Simon Steen-Andersen, Moritz Simon Geist, Marco Btambilla, Beb-Deum, Christophe Bruno, Marie-Julie Bourgeois & Barthélemy Antoine-Lœff, Thibault Brunet, Xavier Antin, David Wahl, Laurent Bazin, Franck Vigroux & Kurt d’Haeseleer, Antoine Schmitt, Hortense Gauthier, Cellule d’Intervention Métamkine (Christophe Auger, Xavier Quérel et Jérôme Noetinger), Molécule, Rocio Berenguer…

> du 03 octobre au 09 février, Paris et Île-de-France

> https://www.biennalenemo.fr/

Arts, Musiques & Technologies

Porté par l’association Electroni[k], le festival Maintenant se décline en expositions, performances audiovisuelles, installations, conférences et DJ-sets. Parmi les temps forts, on signalera notamment Pantha Du Prince avec son projet « ritualistique » dédié aux arbres (Conférence Of Tree), Molecule qui proposera de vivre une expérience sonore « amplifiée » par des lampes neuro-stimulantes et stroboscopique (Pandora Live), Asuna et son orchestre polyphonique constitué d’une centaine de claviers-jouets, Nicolas Bazogue avec une création sonore générée et modulée via des interfaces cinétiques (Vis Insita), Playtronica et ses capteurs qui transforment des ananas en source de sons (16 Pineapples), Michela Pelusio et son étrange torsade lumineuse ou bien encore l’immense anneau suspendu dans le Musée des beaux-arts de Rennes par Vincent Leroy (Aurore Boréale), et l’installation sonore rétrofuturiste de panGenerator (Apparatum), basée sur des bandes magnétiques et composants optiques… Pour ce qui est du volet purement musical, on note notamment la présence de Errorsmith, AZF, OD Bongo, Lucas Paris, Sentimental Rave, re:ni, Crystalmess, Pura Pura… Les conférences proposeront pour l’essentiel des réflexions sur les Réalités augmentées, virtuelles et mixtes.

> du 4 au 13 octobre, Rennes

> https://www.maintenant-festival.fr/2019/

Réels & Virtuels 1985-2019

Le Centre des Arts d’Enghien propose une rétrospective de l’œuvre de Julio Le Parc. Pour la petite histoire, cet artiste argentin né en 1928 avait refusé, en jouant à pile ou face, d’être célébré de cette façon par le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1972…

Précurseur de l’art cinétique et optique, membre fondateur du G.R.A.V. (Groupe de Recherche d’Art Visuel) au début des années 1960, avec ses peintures et mobiles, Julio Le Parc expérimente la lumière, la couleur et l’espace pour stimuler la participation sensorielle du spectateur.

Le nom de cette exposition — Réel & Virtuels — provient du titre d’un dessin réalisé en 1958 qui trahit explicitement la perception et les notions d’immersion, d’interaction et de réalités parallèles portées par l’artiste à une époque où les technologies numériques ne sont encore que des chimères. Désormais, le spectateur peut contempler et s’immerger dans ces œuvres via des casques VR.

> du 20 septembre au 27 décembre, Centre Des Arts, Enghien
> http://www.cda95.fr/fr/content/reels-virtuels-1958-2019

Les Revenants
Le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy

Le Fresnoy présente en conclusion d’une année d’échanges, d’expériences, de recherche, plus de 50 oeuvres inédites dans les domaines de l’image, du son et de la création numérique, imaginées et réalisées par les jeunes artistes et les artistes professeurs invités. Un grand nombre d’oeuvres de Panorama 21 montre une tendance à revenir à des fondamentaux, quitte à le faire avec des technologies et moyens expérimentaux. Jean-Hubert Martin, Commissaire.

avec Éliane Aisso, Thiago Antonio, Ugo Arsac, Fanny Béguély, Chloé Belloc, Wang Bing, Blanca Camell Galí, Olivier Cheval, Fernando Colin Roque, Cindy Coutant, Thomas Depas, Felipe Esparza, Félicie d’Estienne d’Orves, fleuryfontaine, Faye Formisano, Virgile Fraisse, Simon Gaillot, Charles Gallay, Alice Goudon, Nicolas Gourault, Antoine Granier, Hai Wen Hsu, Nataliya Ilchuk, Patrick Jouin, Melisa Liebenthal, Guangli Liu, Félix Luque, Yosra Mojtahedi, Ov, Jonathan Paquet, Pierre Pauze, Mili Pecherer, Vincent Pouydesseau, Camila Rodríguez Triana, Marina Smorodinova, Olivier Sola, Alexandre Suire, Rony Tanios, Béla Tarr, Hadrien Téqui, Moïse Togo, Yan Tomaszewski, Thanasis Trouboukis, Alex Verhaest, Clément Vieille, Juan Pablo Villegas, Janaina Wagner, Yuyan Wang, Claire Williams, Yohei Yamakado, Annie Zadek.

> du 21 septembre au 29 décembre, Le Fresnoy, Tourcoing
> https://www.lefresnoy.net/panorama21/

cultures électroniques & arts numériques

Expositions, lives, performances sonores et visuelles : durant 10 jours, du jeudi 12 au dimanche 22 septembre, le festival Scopitone investit une nouvelle friche promise à la démolition, l’ancien MiN (Marché d’intérêt National, équivalent de Rungis) sur l’île de Nantes. Pour cette 18ème édition, c’est donc une programmation augmentée, doublée, qui offre une diversité de scènes, d’événements et de rendez-vous.

Des tables rondes et conférences permettront de poursuivre des réflexions autour du futur, des technologies et des arts numériques. Les Rendez-vous du Labo proposent également des ateliers, masterclass et workshop autour des Nouvelles interactions entre humains, nature et technologie ; la Conservation de l’art numérique ; l’Approche écoconsciente de l’art numérique ; la Sonification du geste avec Max8

Parmi les expositions et installations, on citera notamment les géants lumineux d’Amanda Parer (Fantastic Planet) ; le poisson-rouge qui pilote depuis son aquarium un fauteuil motorisé, un artefact conçut par le collectif Dardex aka Quentin Destieu & Sylvain Huguet (Machine 2 Fish v2) ; le ballet de vapeurs blanches mis en scène par Sebastien Wolf & Michael Kugler (Brume) ; les fumées s’échappant d’une structure monumentale conçue par Guillaume Cousin (Le Silence des Particules).

Pour le volet performances AV et musiques électroniques, on retrouve en ouverture Étienne de Crécy avec un nouveau dispositif scénique (Space Echo). À l’affiche également, mais pas seulement, le collectif Transforma pour un set audio-visuel qui revisite l’histoire des manufactures sur une composition signée de Sascha Ring (Manufactory), Maxime Dangles en plongée dans les grands fonds (Sonars), Ryoichi Kurokawa (subassemblies), Julien Bayle (Structure.Live), Andreas Lutz (Binary Supremacy)…

Sans oublier Molecule pour une version imagée en 360° de son album « groenlandais » (-22.7°C live 360), Alex Augier (p(O)st), Pierce Warnecke & Clément Édouard (Sédiments), Kompromat (Vitalic + Rebeka Warrior, ex-Sexy Sushi)… Plus inattendue, Chloé alliée au collectif Scale s’éloigne des codes du clubbing techno pour explorer des territoires plus ambient-electronica… En bout de piste, dans une pièce noire, Fabien Aléa Nicol & Anne-James Chaton combineront fragments de textes philosophiques et pulsations stroboscopiques (Distanding Waves).

Scopitone 2019
> du jeudi 12 au dimanche 22 septembre, Nantes
> https://www.stereolux.org/scopitone

Out Of The Box
The Midlife Crisis of the Digital Revolution

Art, technologie et société forment toujours la matrice d’Ars Electronica. Ce festival pionnier fête sa 40ème édition et propose une programmation vertigineuse — conférences, lectures, workshops, expositions, projections, performances…
Les prix Golden Nica 2019 (remis le 5 septembre lors de la cérémonie d’ouvertuve) couronnent cette année Kalina Bertin, Sandra Rodriguez, Nicolas S. Roy et Fred Cassia, pour la catégorie « Computer Animation », Paul Vanouse pour la catégorie « Artificial Intelligence & Life Art », Peter Kutin pour la catégorie « Digital Musics & Sound Art » et Alex Lazarov pour la catégorie « Create Your World »…

avec Aza Raskin, Tom Kubli & ZHAW / Sevn Hirsch, Ralf Baecker, Marko Peljhan & Matthew Biederman, Michael Candy, Helena Nikonole, Azumi Maekawa & Shunji Yamanaka, Dmity Morozov, So Kanno, Saša Spačal, Maja Smrekar, AnotherFarm, Špela Petrič, Scott Eaton, Andy Gracie, Y2K, Projet EVA, Memo Atken, Vladan Joler, Nye Thompson, Caroline Sinders, Charlotte Jarvis, Quimera Rosa, Margherita Pevere, Disnovation.org, Paolo Cirio, Ulf Langheinrich, Franz Fischnaller, Christian Fennesz & Lillevan, Ryoichi Kurokawa, Alex Braga, Thomas Gorbach, Werner Jauk, Antye Greie-Ripartti & Vladislav Delay, Julius von Bismarck

> du 05 au 09 septembre, Linz (Autriche)
> https://ars.electronica.art/outofthebox/en
> https://ars.electronica.art/prix/en/winners/
> https://ars.electronica.art/aeblog/en/

Laia Cabrera & Isabelle Duverger

L’interaction et l’immersivité au service de l’illusion d’optique. On pourrait résumer ainsi Illusion, l’installation conçue par Laia Cabrera et Isabelle Duverger, cinéastes et artistes plasticiennes. Combinant différentes techniques (mapping, miroir, réalité augmentée, vidéo, musique, animation), leur dispositif est une expérience limite, entre voyage sensoriel et labyrinthe numérique, où le public est invité à se perdre et à jouer « activement » dans un maelstrom de formes, de couleurs et de sons.

Illusion est une œuvre « multiple » (immersive, interactive, etc.). Comment est né ce projet ? Sur quels principes repose-t-il ?
Ce projet est né d’une recherche que nous menons depuis quelques années sur l’illusion de la notion du temps. Parce que notre travail est très visuel, nous avons cherché le langage le plus approprié pour proposer une pièce qui permettrait de jouer avec cette notion. L’art immersif est pour nous le moyen d’arracher le public à la réalité en l’invitant à se retrouver dans un espace complètement transformé. L’utilisation de miroirs au sol et au plafond est un autre moyen que nous utilisons ici pour transformer, renverser la perspective pour le public.

Pourquoi ce choix de l’interactivité ?
La technologie évolue beaucoup et nous nous intéressons aux possibilités qu’elle nous propose, sans se laisser limiter par elle. L’intention est de faire participer le spectateur afin qu’il ne soit plus seulement spectateur, mais acteur de notre histoire. Et l’interactivité est un élément essentiel afin de donner le contrôle au public, mais également de lui permettre de s’investir dans la pièce, d’en altérer le sens et de générer du contenu visuel et sonore. En d’autres termes, cela permet d’explorer de nouvelles dramaturgies et narrations multimédias. Pour cela nous avons collaboré avec le designer en interactivité Aniol Saurina Masó. L’essence de notre travail en tant qu’artistes est de raconter des histoires en créant de nouveaux langages pour le public. Et la réactivité de la pièce, de par cette interactivité, permet aux tout petits comme aux plus grands d’y participer. Toutes ces possibilités qui s’ouvrent au public sont en soi une récompense.

Le son et la musique renforcent le sentiment d’immersion. Quelques phrases sur cet aspect…
Nous travaillons toujours le son, autant que possible. Cela renforce l’univers visuel et transmet une émotion que les visuels seuls ne peuvent communiquer. Nous sommes musiciennes et nous essayons autant que possible de travailler avec des compositeurs et musiciens qui comprennent le langage visuel. Avec nous sur ce projet, Nana Simopoulos est une compositrice de musique de film renommée qui peut faire du jazz ou de la musique du monde, mais aussi créer des univers sonores. Mary Ann McSweeney, contrebassiste de jazz, a également participé à l’enregistrement de certaines sections de la musique, apportant ainsi son talent d’improvisation à notre pièce.

Quelques mots également sur vos projets en cours…
Nous avons participé à la création d’une plateforme interactive de 22 m de long, Coolture Impact, à Times Square à New York, durant ces deux dernières années. C’est la première de ce genre dédié à l’art, et la plus grande de son genre. Elle a été inaugurée avec notre pièce The Now en octobre dernier. Elle permet maintenant à d’autres artistes qui utilisent également l’interactivité d’y présenter leurs pièces. Nous y retournerons à la mi-juin pour présenter une nouvelle pièce. Nous sommes également en train de développer une pièce sur la recherche de la conscience qui sera développée pour être projetée dans un dôme.

Laurent Diouf

Illusion, installation interactive de Laia Cabrera & Isabelle Duverger, du 1er juin au 1er novembre, galerie Flutter, South La Brea / Los Angeles (USA)

> https://flutterexperience.com/
> https://www.laiacabreraco.com/illusion