Électronique, expérimentale, improvisée, acousmatique, drone, noise, ambient, post-industriel… Le festival Bruits Blancs focalise sur les musiques exploratoires. Mais le terrain de jeu de cet événement s’étend aussi vers les formes audiovisuelles et la littérature poétique.

Comme le rappelle à juste titre la déclaration d’intention du festival, il n’y a de vitalité artistique que dans l’exploration permanente : celle de la découverte, celle d’ouvrir des voies inconnues. Une philosophie qui se retrouve pleinement dans les propositions des artistes invités pour cette 9ème édition.

Parmi la programmation exigeante, on note la présence de Franck Vigroux & Kurt D’Haeseleer pour leur performance AV mêlant maelstrom d’images et sonorités abrasives, The Island (part 1). De son côté, Derek Holzer devrait jongler avec des motifs lumineux en résonnance avec les stridences de ses machines (Vector Synthesis).

L’Ensemble Motus interprétera deux pièces électroacoustiques (composées par Edith Alonso et Tony Conrad). Antoine Schmitt & Hortense Gauthier proposeront un étrange ballet de particules qui virevoltent autour d’un corps (CliMax).

Saxophoniste légendaire — connu pour avoir joué avec Merzbow, John Zorn, Lee Renaldo (Sonic Youth) et Lou Reed avec qui il a cofondé Metal Machine Trio — Ulrich Krieger devrait nous embarquer dans une dérive free-noise.

La Cellule d’Intervention Métamkine (Christophe Auger, Jérôme Noetinger & Xavier Quérel) mettra en œuvre son dispositif électroacoustique et ses projections en 16mm reflétées dans des miroirs.

Des rencontres, entre écriture littéraire et musicale, son également au programme. Par ailleurs, le festival ira au-delà de son camp de base, l’espace Anis Gras à Arcueil, et de l’Île-de-France pour s’évader hors les murs avec le collectif chdh à Montpellier et à Bagnols-les-Bains en Lozère.

Laurent Diouf

Bruits Blancs #9
formes audiovisuelles, musiques exploratoires, littérature poésie
du 21 novembre au 07 décembre
Arcueil, Alfortville, Issy-les-Moulineaux, Bagnols-les-Bains, Le Vialas, Montpellier
> http://bruitsblancs.fr/

Africa is/in The Future veut être une invitation à valoriser le continent africain dans une perspective nouvelle. C’est la quatrième édition de ce rendez-vous annuel qui propose au travers de performances, projections, concerts, rencontres et ateliers de voir le futur comme une allégorie politique, pour revisiter l’histoire de la diaspora africaine et redéfinir, par la même occasion, le devenir de nos sociétés où l’identité n’est pas fixe mais en mouvement permanent. Avec comme focus pour cette année, Migrer / Tout-Monde, le lieu d’une appartenance collective…

Visuel: © Williams Chechet

L’Afrique conjuguée au futur donc avec des récits qui spéculent sur l’avenir, qui déplient les possibles enfouis dans le présent et cristallisent les formes que pourrait prendre l’avenir. En rendant ainsi sensibles des peurs et des espérances collectives, ils sont toujours — à leur façon — politique. Ainsi, le projet de la science-fiction africaine pourrait bien être de réhabiliter les dimensions proscrites et rendues taboues par les gouvernements coloniaux que sont les croyances et savoirs occultes, les mythes fondateurs

Autre grand axe de cet événement : les pratiques numériques. Comme partout ailleurs, le numérique touche, transforme et révolutionne tout (ou presque) sur le continent africain. Et le domaine artistique n’est pas en reste. Bien que les arts numériques contemporains africains demeurent assez méconnus et sous-représentés tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale, la création numérique en Afrique fait son chemin. Il s’agit donc de s’interroger sur les perspectives pour les artistes et l’art numérique en Afrique… Seront aussi abordées, les musiques hybrides, les pratiques numériques, les genres, les féminismes et les analyses et réflexions socio-économiques, politiques et technologiques.

> du 27 au 30 novembre, Bruxelles (Belgique)
> https://www.pointculture.be/

Digital / Alter

Après des préliminaires à Marseille, via une exposition monographique de Paul Destieu en septembre, le Festival des arts multimédia Gamerz va prendre son envol le 13 novembre à Aix-en-Provence. Au programme des expositions, performances, ateliers et conférences qui s’étalent sur une dizaine de jours.

PAMAL_Group (feat. Jacques-Elie Chabert et Camille Philibert), 3615 Love. Photo : D.R.

À la suite de « Digital Defiance » et « Digital Animisme », cette quinzième édition est structurée autour de « Digital Alter » : l’exposition centrale à la Fondation Vasarely qui propose des ensembles monographiques questionnant, comme son titre l’indique, l’altérité à l’ère du digital. Comme il est précisé dans la déclaration d’intention, les artistes présentés se tournent vers « l’Autre » afin de dépasser l’individualisme, l’autoreprésentation et le narcissisme valorisés par les technologies numériques et les modèles de la communication « télématique » ou actuelle.

Une proposition pouvant aussi se résumer à cette interrogation : et si l’enjeu technologique n’était pas tant celui de la connaissance et du pouvoir, mais avant tout celui du désir et du rapport à l’autre ? Dans ce jeu de miroir brisé par les nouvelles technologies, la figure de l’androïde reflète peut-être le mieux ce rapport trouble à l’autre. En présentant diverses versions d’avatars mécanisés ou bio-modifiés, du cyborg aux nouveaux animaux de compagnie électronique en passant par des représentations de clonage, France Cadet nous apporte une réponse dystopique.

Fabrice Métais — qui s’intéresse notamment aux propriétés constituantes ou intrigantes des technologies audio mobiles — opte pour une approche presque métaphysique de ce rapport à l’autre. Son regard est à déchiffrer sous forme d’énigme dans ses créations (L’Intrigue). Il entamera aussi un dialogue avec le philosophe Jean-Michel Salankis lors d’une conférence (Art, technique, matière et idée).

Olivier Morvan qui nous avait justement intrigués lors de l’édition 2016 de Gamerz avec La Maison Tentaculaire — projet et installation protéiforme autour de la fameuse maison de l’héritière Sarah Winchester — nous entraînera dans son univers parallèle composé d’une multitude de petites usines à fictions qui jouent sur paradoxalement sur l’absence (Meme).

Dans une démarche d’archéologie des médias, le collectif PAMAL_group (issu du Preservation & Art – Media Archaeology Lab de l’École Supérieure d’Art d’Avignon) nous invite à un voyage rétrofuturiste autour du Minitel dont le réseau s’est définitivement éteint en juin 2012 (3615 Love). Des œuvres de Julius von Bismarck, Jon Rafman et Antonio Roberts complètent ce panorama de l’altérité digitale.

Manuel Braun & Antonin Fourneau, Egregor. Photo: D.R.

D’autres œuvres jalonnent cette édition, notamment à l’Office de tourisme avec les dispositifs ludiques de Manu Braun & Antonin Fourneau (Egregor 8) ainsi que Robin Moretti en collaboration avec Leslie Astier et Théo Goedert que l’on retrouvera aussi dans le cadre d’un workshop (Métalepse, La Chair du jeu-vidéo).

Enfin, concernant les performances, le programme se partage essentiellement entre art sonore et musiques expérimentales, bruitistes, électroniques et post-industrielles… En premier lieu, nous sommes curieux du Feedback acoustique de Virgile Abela. Un dispositif qui repose sur un pendule type Foucault dont la lente oscillation ponctuée de quelques rotations génère une modulation traduisant les effets de la gravité. Cette installation a été conçue en coordination avec la plateforme MAS (Laboratoire de mécanique acoustique du CNRS).

En tête-à-tête avec Stéphane Cousot, eRikM entamera une improvisation à partir de flux sonores et visuels récupérés en temps réel sur Internet. Il en résultera une « composition indéterminée », assez heurtée et cinglante (Zome). Inspirés par Deleuze, François Parra & Fabrice Cesario (alias PACE) pousseront dans leurs retranchements des machines habituellement dédiées à la communication pour produire un langage dans lequel ils abandonnent temporairement le sens pour entrer dans le son (Le Chant des machines).

Enfin, le collectif chdh (Nicolas Montgermont & Cyrille Henry) se basera sur les « bruits » de l’image vidéo pour une performance AV conçue comme une expérience synesthésique. À l’écran, un magma de pixels — qui n’est pas sans rappeler la neige des écrans cathodiques — d’où émergent des formes, des motifs, des structures aléatoires, sur fond d’electronic-noise très abrasive (Deciban).

Laurent Diouf

Festival Gamerz — Digital / Alter
> du 13 au 24 novembre, Aix-en-Provence
> http://www.festival-gamerz.com/

Le Centre Des Arts d’Enghien-les-Bains accueille la première édition des Rencontres ArTeC initiées par l’École Universitaire de Recherche ArTec affiliée à l’UPL (Université Paris Lumières). Comme son nom l’indique, cet événement propose des conférences, projections, expositions et performances à la confluence de l’art et des technologies du numérique. Le programme étalé sur deux jours, les 5 et 6 novembre, est dense.

Nombre d’interventions, sous forme de conférence ou de performance, présentent des projets et études encore à l’œuvre. Parmi ces nombreux works in progress qui seront mis en avant, il sera question notamment de La transformation de l’enseignement en art, de La fluidité du photographique, des rêves filmés par la Société psychanalytique amateur (Dreams Films, The Amateur Coney Island Psychoanalitic Society), des Temps profonds du cinéma expérimental, de virtualité et de création (Research presence, haptic creativity and virtual togetherness ; VR auditory space)…

> 05 et 06 novembre, Centre des Arts, Enghien
> http://eur-artec.fr/2019/

quel corps pour le futur ?

Comme d’autres formes d’expression, la danse contemporaine a rejoint depuis longtemps l’art numérique. Le projet transdisciplinaire Eve 2050 initié par la compagnie Corps Secrets d’Isabelle van Grimde transcende cette synergie avec les nouvelles technologies. Cette création implique les spectateurs grâce à des dispositifs interactifs permettant de capturer le mouvement, transformer des textures et éléments de décor, moduler le son et manipuler des images en temps réel. Décliné à l’origine en vidéo (une web-série en 5 épisodes) et prenant également la forme d’une installation, le spectacle Eve 2050 est une invitation à réfléchir sur la condition humaine et son « à venir » en mettant en jeu, en scène, des corps réels, augmentés, modifiés et/ou virtuels dans une ambiance de futur proche, très proche… Entretien avec Isabelle van Grimde.

Est-ce que l’idée d’une trilogie, d’un triptyque, s’est décidée dès le départ ou est-ce que cela s’est imposé au fil du développement du projet ?
Le projet était au départ un feuilleton web… Mais très rapidement nous avons exploré la possibilité d’une installation et en même temps d’une œuvre pour la scène.

Est-ce que vous pouvez résumer la trame narrative de cette mini-série — les pérégrinations et transformations que subit Eve 2050 ?
Il n’y a pas à proprement parler de trame narrative, en danse on est plus proche de la poésie… Mais la websérie par son esthétique cinématographique et l’apport du réalisateur Robert Desroches touche par moments à une forme de narration… Tous les interprètes qu’ils soient féminins, masculins, de tous âges et origines sont Eve ; donc l’histoire est multiple… Dans ORIGIN on aborde les nouveaux rituels de naissance, de mort et de reproduction, dans TRANSFORM on aborde la fusion avec la machine, dans HYBRID on aborde l’idée d’augmentation par hybridation avec d’autres espèces vivantes, végétales, animales ou bactériennes (en ce sens nous sommes déjà hybridés puisque plus de la moitié des cellules de notre corps ne sont pas humaines et près de 99% des gènes de notre corps sont bactériens également…). Enfin dans SAPIENS on aborde la possibilité de la scission de l’humanité en trois espèces : les cyborgs, les hybrides et les sapiens qui refusent l’augmentation ou la transformation ou ne peuvent se la permettre par manque de moyens…

Concernant l’installation : quel est le principe et fonctionnement de ce dispositif qui peut, si j’ai bien compris, être proposé comme simple installation ou comme dispositif avec des danseurs ?
L’installation propose aux visiteurs une expérience complètement immersive et interactive, tant au niveau visuel que sonore. Elle est composée de trois panneaux en plexi équipés de smartfilm, ce qui permet de contrôler leur degré d’opacité ou de transparence. Chacun des panneaux est équipé d’une  »sensebox ». Conçue par le designer d’interaction visuelle Jérôme Delapierre, chaque sensebox contient plusieurs types de caméras (infrarouges, kinects…), un ordinateur et un projecteur.
Sur les deux côtés des panneaux sont projetées des images déconstruites et retravaillées de la série web dans lesquelles les visiteurs ou les performeurs peuvent s’inscrire grâce aux caméras. Dans certains cas il n’y a pas de contenu de la websérie, mais les images des visiteurs ou performeurs sont transformées en temps réel pour leur donner une temporalité différente ou pour les faire apparaître par exemple en pointcloud ou sous des formes plus abstraites. Les données recueillies par les caméras sont aussi utilisées pour transformer le son en temps réel. La composition de Thom Gossage est déconstruite à travers l’espace et reconstruite en temps réel par les visiteurs ou les performeurs qui déclenchent ou transforment des sons grâce à un dispositif créé par le designer d’interaction sonore Frédéric Filteau.
Trois sculptures de l’œuvre Family portrait de Marilene Oliver ont été intégrées à l’installation. Il s’agit des corps scannés de l’artiste, de sa mère et de sa sœur reconstruits par couches d’imagerie médicale gravées en cuivre sur plexi. Une table lumineuse provenant de notre exposition Le corps en question(s) complète l’Installation. Si on assiste à une performance (d’une durée de 30 min), on découvre grâce aux actions des interprètes, tout le potentiel d’interaction de l’Installation. Mais on peut aussi la visiter en dehors des performances et la découvrir de façon intuitive. Pendant les performances, l’installation est programmée dans le temps avec des contenus visuels et sonores et des concepts interactifs qui évoluent pendant les trente minutes.

Au sens strict, la scène est une « incarnation » de ce projet avec la présence physique de danseurs : quelles sont les différences par rapport à la web-série ?
Les danseurs sont présents physiquement aussi dans l’installation. Chaque partie du triptyque permet d’aborder des facettes différentes de la thématique, c’est ce qui fait son intérêt pour les créateurs. Chaque forme engage aussi le spectateur différemment : de façon plus individuelle avec la websérie que l’on regarde sur son téléphone, tablette ou ordi. C’est une expérience très immersive dans l’installation qui met en jeu le corps du spectateur… Dans l’expérience scénique, le public est captif, l’histoire se déroule dans le temps et dans l’espace devant eux… D’une forme à l’autre, on ajoute des couches de matériel chorégraphique et de sens… J’ai déjà parlé plus haut des thèmes abordés dans la websérie, ils restent présents dans l’installation, mais les frontières entre la virtualité et la réalité y sont beaucoup plus poreuses. On est dans les changements de perception du corps. On y aborde l’idée de transcendance des genres, âges et origines, la création d’identités plus fluides… Dans l’œuvre scénique on aborde l’IA, la notion d’algorithmes qui nous régissent, l’hyperconnectivité, la cohabitation des intelligences humaines et artificielles, la survie numérique, la transformation de nos architectures neuronales, l’avènement d’Homo Deus et la possibilité d’un monde sans nous…

Sur scène, comment avez vous « négocié » la ligne de partage entre le vivant et le virtuel ?
Il y a ambiguïté, fluidité avec des moments de contrepoint où on fait ressortir la physicalité, la présence vivante du corps, même au sein d’immenses images… Curieusement, l’œuvre scénique est aussi très immersive bien qu’on ait choisi un dispositif à l’italienne et je crois que cela provient du changement d’échelle donc, par moments, les corps se fondent aux images vidéo et deviennent très virtuels, mais on a aussi beaucoup de contrepoints, de contrastes où on revient à l’échelle humaine. Ces allers-retours entre l’humain et la virtualité et l’IA sont d’ailleurs au cœur de ce que je cherche à livrer dans l’œuvre scénique…

Concernant le dialogue, l’interaction, avec les spectateurs : concrètement, quelles sont les réactions, comportements et imprévus que vous avez pu constater ?
La websérie semble avoir vraiment conquis le public. Esthétiquement elle suscite de l’admiration, du point de vue du contenu elle intrigue et amène de nombreux questionnements. Dans l’installation un des enjeux est le partage de l’espace entre les interprètes et les visiteurs, du point de vue technologique, cela nous a amené de gros défis de programmation… Quand tout le monde est dans l’espace, qui va déclencher l’interaction ? Cette question de proximité avec les interprètes et de partage de territoire s’est révélée très intéressante, du point de vue des comportements des visiteurs qui varient énormément, dépendamment des mots utilisés avant qu’ils ne pénètrent dans l’espace de l’installation, et aussi du point de vue du design, de l’affordance. Au-delà de ça, l’installation est un espace enchanté par une technologie presque invisible, les gens sont émerveillés… À l’heure où je réponds à vos questions, la première de l’œuvre scénique n’a pas encore eu lieu…

Est-ce que vous tenez compte justement de ces réactions ? Est-ce que ce « feedback » alimente — ou pourrait alimenter — la forme et la narration du projet ?
Inévitablement, consciemment ou inconsciemment, tout le feedback nous influence, mais pour des questions de logistique et de temps il aura probablement plus d’impact au moment où on remonte les œuvres ou sur les créations à venir…

Justement, et sans forcément dévoiler vos prochains projets, est-ce que vous réfléchissez déjà sur d’autres technologies à mettre en œuvre (au propre comme au figuré) ?
Nous explorons la possibilité de créer un jeu de réalité virtuelle Eve 2050. Mais dans le cadre de ma prochaine création, je réfléchis aussi à une approche plus  »curated », plus minimale et très spécifique de l’utilisation des technologies…

La danse et le spectacle « vivant » en général sont entrés dans l’ère numérique, mais à côté vous ne perdez pas pour autant de vue les sciences dites « humaines » et « sociales » : quelques mots sur ce complément nécessaire, sur cette synergie ? 
Pour moi la technologie est avant tout un outil qui me permet de créer avec des moyens ancrés dans mon temps, mais ce qui nourrit profondément ma création c’est la transdisciplinarité, les échanges avec les scientifiques, qui ont été particulièrement présents depuis une douzaine d’années tant au niveau de la génétique, la recherche en cellules souches, la biologie et les neurosciences, que la physique quantique et tout ce qui a trait à l’exploration de la nature de la réalité…
Mais mes échanges avec des historiens, anthropologues, critiques d’art et artistes me permettent effectivement de continuer à questionner le rôle de la technologie dans la société, dans l’évolution de notre espèce et de garder un esprit critique. Mais en fait je n’ai jamais été particulièrement attirée ou adepte de la technologie, ce qui peut sembler étonnant quand on voit mon travail de ces dernières années. On m’a proposé un premier projet en 2006 que j’ai finalement accepté en 2008… À travers ce projet et les suivants, j’ai constaté que l’intégration de la technologie était intéressante pour mon travail et qu’il y avait aussi une certaine inévitabilité… mais j’ai développé une philosophie de la technologie au service de l’art, et non le contraire. Je conserve un regard plus critique que jamais sur la technologie…

propos recueillis par Laurent Diouf

Cie Van Grimde Corps Secrets, Eve 2050. > https://vangrimdecorpssecrets.com

Première à l’Agora de la Danse, du 8 au 11 octobre, espace Wilder, Montréal (Québec / Canada) > https://agoradanse.com

D’un soleil à l’autre

Alors que l’on a célébré cet été le cinquantenaire d’Apollo 11, du fameux petit pas de Neil Amstrong, et plus largement de la conquête spatiale, le thème de cette 19e édition du festival Accès)s( était tout trouvé : D’un soleil à l’autre.

Sur le substrat des utopies techniques, de la littérature d’anticipation, du cinéma de la science-fiction, comment les artistes explorent-ils aujourd’hui les ressorts culturels et les nouvelles formes de notre imaginaire spatial à l’aune de ses plus récents projets de conquête ?

Autour de scénarios impliquant l’intelligence artificielle, la robotique ou la culture du vivant, quels récits font les artistes des « bulles spéculatives » qu’incarnent l’exploration de ces mondes inconnus et le défi de colonisation d’une nouvelle Terre ?

Éléments de réponse sous l’égide de Charles Carcopino, commissaire invité — au travers de conférences, projections, performances, séances d’écoute, nuits electro, installations et d’expositions — avec Hugo Deverchère, Étienne Rey & Wilfried Wendling, Félicie d’Estienne d’Orves, Nicolas Montgermont, Daniela de Paulis, Véronique Béland, Bertrand Dezoteux, Poté, Le Matin, Voiron, Sentimental Rave

> du 10 octobre au 7 décembre, Pau
> https://www.acces-s.org/

Biennale des arts numériques

La cuvée 2019-2020 de Nemo se démultipliera sur 4 mois (du 3 octobre au 9 février), dans 40 lieux à Paris et dans toute l’Île-de-France. Comme les précédentes éditions, la Biennale des arts numériques englobe d’autres manifestations, dont CURIOSITas, le festival Arts & Science de l’Université Paris-Saclay (du 7 au 17 novembre), et le festival Bruits Blancs (du 21 novembre au 7 décembre). Au total, ce sont près de 80 événements — concerts, expositions, performances, conférences… — qui seront proposés par Gilles Alvarez et l’équipe du CentQuatre.

Il faut bien tout cela pour tenter de répondre à la question existentielle qui porte cette édition : le genre humain est-il appelé à disparaître ? Le champ est vaste… Les éléments de réponse aussi puisque les œuvres, spectacles et rencontres évoqueront l’intelligence artificielle, l’apprentissage exponentiel des machines, les réalités augmentées et virtuelles appliquées à la vie quotidienne, la « main invisible » des datas, l’homme « augmenté » et toutes ses qualités et fonctions qui dans le même élan seront diminuées, de la Singularité qui nous est promise, du post-humanisme, du transhumanisme et du post-anthropocène

Impossible de détailler le programme tant il est riche, mais on signalera notamment, parmi les artistes qui essayent d’écrire l’histoire du futur au présent, Jean-Benoît Dunckel, Jacques Perconte, Guillaume Marmin, Joël Maillard, Julien Desprez & Kasper T. Toeplitz, Marco Donnarumma & Margherita Pevere, knowbotiq, Dominique Koch, Lawrence, Alex Augier & Alba Corral, Simon Steen-Andersen, Moritz Simon Geist, Marco Btambilla, Beb-Deum, Christophe Bruno, Marie-Julie Bourgeois & Barthélemy Antoine-Lœff, Thibault Brunet, Xavier Antin, David Wahl, Laurent Bazin, Franck Vigroux & Kurt d’Haeseleer, Antoine Schmitt, Hortense Gauthier, Cellule d’Intervention Métamkine (Christophe Auger, Xavier Quérel et Jérôme Noetinger), Molécule, Rocio Berenguer…

> du 03 octobre au 09 février, Paris et Île-de-France

> https://www.biennalenemo.fr/

Arts, Musiques & Technologies

Porté par l’association Electroni[k], le festival Maintenant se décline en expositions, performances audiovisuelles, installations, conférences et DJ-sets. Parmi les temps forts, on signalera notamment Pantha Du Prince avec son projet « ritualistique » dédié aux arbres (Conférence Of Tree), Molecule qui proposera de vivre une expérience sonore « amplifiée » par des lampes neuro-stimulantes et stroboscopique (Pandora Live), Asuna et son orchestre polyphonique constitué d’une centaine de claviers-jouets, Nicolas Bazogue avec une création sonore générée et modulée via des interfaces cinétiques (Vis Insita), Playtronica et ses capteurs qui transforment des ananas en source de sons (16 Pineapples), Michela Pelusio et son étrange torsade lumineuse ou bien encore l’immense anneau suspendu dans le Musée des beaux-arts de Rennes par Vincent Leroy (Aurore Boréale), et l’installation sonore rétrofuturiste de panGenerator (Apparatum), basée sur des bandes magnétiques et composants optiques… Pour ce qui est du volet purement musical, on note notamment la présence de Errorsmith, AZF, OD Bongo, Lucas Paris, Sentimental Rave, re:ni, Crystalmess, Pura Pura… Les conférences proposeront pour l’essentiel des réflexions sur les Réalités augmentées, virtuelles et mixtes.

> du 4 au 13 octobre, Rennes

> https://www.maintenant-festival.fr/2019/

Réels & Virtuels 1985-2019

Le Centre des Arts d’Enghien propose une rétrospective de l’œuvre de Julio Le Parc. Pour la petite histoire, cet artiste argentin né en 1928 avait refusé, en jouant à pile ou face, d’être célébré de cette façon par le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1972…

Précurseur de l’art cinétique et optique, membre fondateur du G.R.A.V. (Groupe de Recherche d’Art Visuel) au début des années 1960, avec ses peintures et mobiles, Julio Le Parc expérimente la lumière, la couleur et l’espace pour stimuler la participation sensorielle du spectateur.

Le nom de cette exposition — Réel & Virtuels — provient du titre d’un dessin réalisé en 1958 qui trahit explicitement la perception et les notions d’immersion, d’interaction et de réalités parallèles portées par l’artiste à une époque où les technologies numériques ne sont encore que des chimères. Désormais, le spectateur peut contempler et s’immerger dans ces œuvres via des casques VR.

> du 20 septembre au 27 décembre, Centre Des Arts, Enghien
> http://www.cda95.fr/fr/content/reels-virtuels-1958-2019

Les Revenants
Le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy

Le Fresnoy présente en conclusion d’une année d’échanges, d’expériences, de recherche, plus de 50 oeuvres inédites dans les domaines de l’image, du son et de la création numérique, imaginées et réalisées par les jeunes artistes et les artistes professeurs invités. Un grand nombre d’oeuvres de Panorama 21 montre une tendance à revenir à des fondamentaux, quitte à le faire avec des technologies et moyens expérimentaux. Jean-Hubert Martin, Commissaire.

avec Éliane Aisso, Thiago Antonio, Ugo Arsac, Fanny Béguély, Chloé Belloc, Wang Bing, Blanca Camell Galí, Olivier Cheval, Fernando Colin Roque, Cindy Coutant, Thomas Depas, Felipe Esparza, Félicie d’Estienne d’Orves, fleuryfontaine, Faye Formisano, Virgile Fraisse, Simon Gaillot, Charles Gallay, Alice Goudon, Nicolas Gourault, Antoine Granier, Hai Wen Hsu, Nataliya Ilchuk, Patrick Jouin, Melisa Liebenthal, Guangli Liu, Félix Luque, Yosra Mojtahedi, Ov, Jonathan Paquet, Pierre Pauze, Mili Pecherer, Vincent Pouydesseau, Camila Rodríguez Triana, Marina Smorodinova, Olivier Sola, Alexandre Suire, Rony Tanios, Béla Tarr, Hadrien Téqui, Moïse Togo, Yan Tomaszewski, Thanasis Trouboukis, Alex Verhaest, Clément Vieille, Juan Pablo Villegas, Janaina Wagner, Yuyan Wang, Claire Williams, Yohei Yamakado, Annie Zadek.

> du 21 septembre au 29 décembre, Le Fresnoy, Tourcoing
> https://www.lefresnoy.net/panorama21/